We love our audience

Bowie vient de publier un deuxième extrait de son futur nouvel album, The Next Day. Bon, on savait par le producteur Tony Visconti (interview dans Rolling Stone) que Where Are We Now, le premier extrait, n’était pas à l’image de tout l’album, preuve en est avec ce The Stars (Are Out Tonight) :

Et on ne pourra pas s’empêcher de trouver ça un peu dommage… L’album, avec toutes ses facettes, sortira le 11 mars.

Etrange collision à l’écoute de The Stars (Are Out Tonight), sans pourtant d’autre raison objective que la similitude de la formule (et sans doute plus inconsciemment la manière dont au détour de certaines images du clip le vieux Bowie semble confronté à la reprise ou le plagiat de son image de jeunesse ; là où dans Where Are We Now il voyait défiler des images du Berlin de la fin de ses années 70, et où la pochette de The Next Day reprendra pour en rayer le titre et la recouvrir d’un grand carré blanc celle de Heroes)  : s’est surimprimé dans un coin de ce que se trouve entre mes oreilles le souvenir du Spirit (« Spirits are out tonight »(1)) de Bauhaus. Bauhaus, c’est-à-dire le groupe dont le chanteur, Peter Murphy, s’est absolument et toujours construit (et pas seulement dans leur reprise de Ziggy Stardust) sur l’image (si ce n’est l’imitation) de Bowie/Ziggy. Le fantôme/spirit de Peter Murphy, figure véritablement née de celle de Ziggy, resurgissant à son tour derrière l’image du vieux Bowie lui-même confronté à ses propres spectres… Drôle d’effet de vertige, out tonight.

 

Bonus track : Puisque Bauhaus a ainsi fait subrepticement retour aujourd’hui, je rajoute cette autre chanson, Who Killed Mr Moonlight (exceptionnellement chantée par le bassiste, David J, et non par Peter Murphy), en hommage au blog de David Sanson (http://sansondavid.wordpress.com/) qui avait eu la bonne idée de la faire resurgir des limbes il y a deux-trois mois de ça.

(1) Et même si c’est en fait « Spirits on [et non « are out »] tonight », cela ne change pas grand’chose à ce petit jeu de spectres…

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Sleeping to Half Awake (The Sleeping Years)

« I slept for several years, far from the one that you remember« …

Dale Grundle semblait avoir disparu à nouveau pour un temps indéterminé : plus de nouvelles des Sleeping Years (site net ne répondant plus, myspace déserté, pas de traces de concerts…), et l’on ne s’en étonnait qu’à moitié — de nouvelles « années de sommeil », en espérant juste qu’elles soient bien moins longues que les sept ans écoulés entre la disparition des Catchers en 1999 et son retour en folksinger solitaire (même si parfois accompagné) sous ce nouveau nom.

Mais : surprise de découvrir que, en toute discrétion encore une fois, il est passé il y a moins d’un mois en concert à Paris, à l’Index (lieu inconnu de moi, d’entre 30m2 et 40m2, semble-t-il ; concert voyant se succéder The Sleeping Years, donc — format Dale Grundle seul —, puis Heligoland). Avec, au milieu du répertoire déjà existant (album We’re becoming islands one by one, Talitres, 2007, et EPs divers), au moins une nouvelle chanson (Something’s taking over me). Et la belle surprise, aussi, de l’entendre jouer une version acoustique du magnifique Half awake qui ouvrait, dans une orchestration (guitare acoustique, guitare électrique, cordes) à la fois ciselée et abrasive, en 1998 le deuxième et dernier album des Catchers, Stooping to fit.

Quelques traces donc (filmées de trois points de vue différents, ce qui pour ce qui semble être la taille de l’Index est sacrément notable), en attendant de nouvelles nouvelles :

Macosquin, Coleraine + You And Me Against The World + Half Awake :

The lockkeeper’s cottage :

et la nouveauté, Something’s taking over me :

Motorama en concert à la Maroquinerie (Paris) lundi 25

Ce n’est pas que pour l’exotisme, celui de voir sur scène le premier groupe de ‘pop anglaise’ russe (et édité sur un label bordelais, à savoir les vaillants et de bon goût Talitres) — Motorama ayant l’originalité de venir carrément de Rostov-sur-le-Don, excusez du peu. C’est parce que Calendar, leur deuxième album paru il y a quelques mois, est un petit bijou, où les modèles cold-wave (Joy Division au premier chef) qui étaient au premier plan de leur premier album Alps se sont vus adjoindre une dominante plus pop 90s, limite Sarah Records. Drôle de mélange sur le papier, mais parce que concrètement le groupe mené par Vladislav Parshin (oui, c’est trop drôle à dire lorsqu’à l’écoute des chansons on les croirait tout droit venus de Manchester ! Pour le plaisir, la liste : Vladislav Parshin, Maxim Polivanov, Irene Parshina [oui, c’est la femme du leader, bien vu], Alexander Norets, Roman Belenkiy ; recorded in Rostov-on-Don, Russia) possède un art extrême de la mélodie, parce qu’il sait associer entrain et mélancolie, densité et légèreté, Calendar est un album qui s’installe en moins de deux dans la tête de son auditeur — un « copain d’album », comme on disait il y a pas mal d’années. Et comme le groupe a l’air de bien tenir la scène, ce serait sans doute manquer vraiment quelque chose de ne pas aller les voir lundi prochain (25 février), où ils passent en concert à la Maroquinerie, dans le cadre du Festival Nuit de l’alligator (en compagnie de Wovenhand et de Don Cavalli ; 19h30).

Les gardiens

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Shangaï, automne, aux entrées des lilong, petites rues ou impasses comme les « villas » parisiennes ou londoniennes, aux alentours de Yuyuan Rd.  La nuit tombe, puis elle est là. Entre chien et loup, il s’agissait de ne pas trop se faire remarquer en rentrant dans le champ de vision des gardiens dans leurs loges en regard des grilles bien fermées. De passage en passage, la nuit venue, à travers la lumière électrique dans le cadre des fenêtres, ce sont eux qu’un coup d’œil saisit désormais. Assoupis, ils gardent les rêves qui naissent derrière les grilles ; à moins qu’il ne faille quelque temps veiller sur les leurs.

The world is held together by the wind that blows through Gena Rowland’s hair (retour sur le concert parisien de Mark Eitzel)

L’auto-ironie de Mark Eitzel est permanente ; entre douleur et sourire, toujours. Sous l’influence du « class clown » qu’il annonce être (voir plus bas), j’avais été un peu, à mon tour, plein de compassion admiratrice par anticipation envers le concert d’hier soir du magnifique songwriter de San Francisco, dans mon post précédent. Mais nous étions bien une bonne centaine au Divan du monde ; et Mark Eitzel était bien accompagné de « his band » et non d’un seul pianiste — pianiste, donc, et section rythmique (batteur + contrebassiste), tous très bons. Et si le batteur jouait d’une main suite à 5 jours d’hôpital quelques jours plus tôt en pleine tournée, même si Eitzel raconterait après le concert qu’il n’avait jamais vécu un tour aussi cataclysmique (batteur à l’hôpital, Eitzel lui-même malade de la gorge puis du ventre sans avoir le temps de consulter un médecin, accident de voiture, passeport perdu et frais divers), rien n’en paraissait de ce qui se dégageait de la scène, si ce n’est la relative brièveté du concert (« one fucking hour », quand même, et même plus) qui ne révélait en fait que combien, quoique Eitzel puisse lui-même en penser après, il passait avec évidence et légèreté.

Lumineux — et pourtant ce n’est pas forcément la premier mot qui viendrait a priori pour caractériser Eitzel et ses chansons. Aucun changement de nature, cependant : la même humanité, la même compassion dans ces chansons, nouvelles ou anciennes ; dans les inflexions de cette voix. Et les petits intermèdes dans lesquels Eitzel présente le contexte des chansons — généralement « pour qui », suite à quelle rencontre avec un inconnu ou un moins inconnu telle ou telle chanson a été écrite ; à qui elle est adressée ( « […] so I wrote this song for him« ), quel moment de vie elle porte ; et toujours avec une petite distance humoristique, via un air léger d’auto-dérision derrière son micro, qui permet de rendre possible l’émotion de la chanson tout en empêchant toute lourdeur pathétique (Eitzel a ainsi annoncé la dernière chanson — Blue and grey shirt — en blaguant, sur un ton presque tout à fait normal :  « This song i wrote while my mother was at the hospital dying of a cancer »). Mais ce qu’on voit ce soir n’est pas le mouvement tragique de l’homme blessé tentant de se dissimuler derrière les blagues du clown, il y a quelque chose de beaucoup plus simple et léger dans l’articulation de toutes les déchirures et de tout l’amour qui surgissent aux détours des récits et des envolées lyriques des chansons, et de l’entertainer ainsi habité qui chante à pleine voix. Pourtant toujours capable de s’arrêter après un couplet d’une chanson (ballade) pour dire « no, they don’t want to hear that » et en lancer une autre (Bad liquor, rock dur de chez dur).

Car ce soir, Mark Eitzel est chanteur et non guitariste-chanteur — il ne prendra sa guitare, électrique, que pour 3 ou 4 chansons. Et l’expressivité de la voix s’appuie (s’enroule) sur tout le corps — le haut du corps tout du moins : tête, épaules et bras. Il ne danse pas, non : il scande comme on se plie et se déplie le rythme dans lequel se coulent les lancées de sa voix. Que ce soit tout près du micro tenu à la main ou à plus d’un mètre du même micro sur son pied. Alors ce n’était peut-être pas complètement Johnny Mathis (aux pieds duquel, il y a 25 ans, il portait ses chansons et qui lui répondait « You are on the right track / But you’re a lamb searching for the knife / A real showman knows how to disappear in the silk/spotlight » cf Johnny Mathis’ feet), quand même, mais oui, il n’avait pas disparu dans la soie mais il avait quelque chose d’un real showman, allant de (petit) club en (petit) club, avec ce groupe et le piano portant les mélodies pour le laisser se consacrer à déployer le seul chant, soit en ballades slow ou mid-tempo, soit dans quelques chansons portées à un solide rythme rapide qui pourra même inciter à danser — on aura ainsi eu droit à une version lente de The Dead Part Of You tout comme à une version endiablée de Patriot’s Heart (! essayez donc d’imaginer à partir des versions originales). Et, entre autres (dont des chansons du nouvel album), à une très belle version de What holds the world together (« The world is held together by the wind that blows through Gena Rowland’s hair », donc, si vous cherchiez depuis des années la réponse à cette question).

Mark Eitzel / First Annual Farewell Tour / Paris ce soir

Mark Eitzel est en concert ce soir (samedi 16 février, 19h30) à Paris, au Divan du monde.

Rappelons à ceux qui auraient incompréhensiblement manqué cet événement médiatisé jusqu’à l’écœurement que l’ancien leader d’American Music Club, critiquement reconnu comme l’un des meilleurs songwriters de son époque, a sorti il y a quelques mois un nouvel album, Don’t Be A Stranger (Merge Records).

Pour ceux qui en douteraient, signalons également que le concert n’est pas complet.

Annoncé « Mark Eitzel (American Music Club) & his band » ; groupe sans doute réduit, si l’on en croit son blog  (http://markeitzel.blogspot.fr/) : « I am playing with a gentleman named David Nagler who is a great musician and very easy to travel with. I only hope he is having an ok time. »

Rappelons surtout, d’expérience, que les visites solo de Mark Eitzel — ses chansons, sa voix, l’auto-ironie touchante de ce « class clown » (son profil sur le blog sus-cité !) — sont généralement de grands petits moments d’émotion.

Ne pas manquer, donc, cet une nouvelle fois discret passage pour son « First Annual Farewell Tour », comme il l’appelle.