Judith hébétée

Bernardo Cavallino (1616-1656), Judith tenant la tête d'Holopherne, Musée des Beaux-Arts, Stockholm

Bernardo Cavallino (1616-1656), Judith tenant la tête d’Holopherne, Nationalmuseum, Stockholm

Comme pourrait le dire la sagesse populaire : « Holopherne étêté, Judith hébétée ».

Dans une salle du musée de Stockholm, un peintre napolitain post-Caravage méconnu montre que l’héroïsme n’est pas si simple qu’on voudrait ; que sauver son peuple en tuant le général/tyran qui l’assiège ne transforme pas aussitôt en figure glorieuse. L’air impassible et statuaire est bon pour les yeux clos du mort, à jamais figés dans le sommeil et les rêves dans lesquels il a été surpris. Judith, elle, est à proprement parler hébétée. Elle n’est pas ferme, la main qui retient dans un pli de la robe l’épée qui vient de trancher la tête et qui manque de glisser ; pas plus ferme l’autre main, où la fatigue et le réflexe incongru d’une caresse se lisent au lieu de l’assurance de dominer le trophée. Hagard et disjoint, le regard ; le corps tout entier dans un relâchement qui réduit à néant tout hiératisme, toute posture, tout triomphe : les muscles se relâchent, tout le corps s’affaisse en se détendant — marionnette que les fils ne tiennent plus, par les yeux et la bouche quelque chose s’échappe, s’expire. Frapper/trancher ne fut pas rien : cette image vient juste après la peur, juste après la tension de l’exécution rapide et comme inconsciente de l’acte ; quand c’est fini et que tout retombe, épuisé. On n’a pas l’air très fin dans ces moments-là, c’est sûr, j’imagine.

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