Waterloo (une tempête de moins)

Waterloo 1 (coup fantôme)Waterloo 2 (coup fantôme)Waterloo 5 (coup fantôme)Waterloo 4 (coup fantôme)Waterloo 3 (coup fantôme)Waterloo 6 (coup fantôme)Waterloo 7 (coup fantôme)

[J. M. W. Turner, The Field of Waterloo (1818) (Londres, Tate Britain)

http://www.tate.org.uk/art/artworks/turner-the-field-of-waterloo-n00500  ]

(NB : mise à jour 1er mai ’13 : modification ordre des images)

La tombée

La tombée 1 (coup fantôme)

La tombée 2 (coup fantôme)

La tombée 3 (coup fantôme)

La tombée 4 (coup fantôme)

La tombée 5 (coup fantôme)

 

 

 

 

(  J’allais les voir tous les jours. Je finissais par eux le tour que je faisais à l’heure — chaque fois, régulièrement, un peu plus avancée, l’été finissant — où s’approchait la tombée du jour.

Beaucoup de choses tombaient, d’ailleurs, à cette époque.

Quelques minutes plus tôt, je longeais la mer, montante, qui baignait sous la lumière dorée de ces fins de journée de septembre, la reflétait, micro-éblouissements disséminés sur une surface devenant progressivement de plus en plus doucement mate : derniers feux ; puis je rentrais dans les terres, prenais les minces chemins de goudron qui traversaient les champs secs de bien après la moisson : au milieu de l’étendue bombée, ils attendaient, dressés sur la ligne d’horizon (la campagne française fait partout apparaître ainsi de telles petites oasis).

La mer avait disparu du champ de vision — tout au plus pouvait-elle, à grand peine, se faire deviner. Le ciel — d’ailleurs ce n’était plus le même ciel —  ne se reflétait plus : il se détachait au-dessus de l’ombre de plus en plus opaque du sol, qui fraichissait ; il passait.

Et ils se tenaient là, solitaires, légèrement penchés par des années de vent ; même pas impassibles : ils se tenaient là, tranquillement solitaires, légèrement penchés par des années de vent. Je passais avec eux ce temps indéfini de la tombée (de celle du jour à celle de la nuit) — à distance amicale ; ou par moments je les approchais du regard, et c’était alors encore une autre tombée.  )

Such a loss – post-scriptum (& now : the party)

Mais comment avons-nous pu ne pas y penser (je dis nous, coup fantôme, en rédigeant le post « Such a loss« , mais surtout tous ceux qui ont publié des playlists des chansons anti-maggie à l’occasion de la mort de Thatcher) ? Il a fallu que Trafalgar Square accueille, hier soir, ceux qui tenaient à fêter collectivement la disparition de la Dâmdeuffère pour réaliser qu’il y avait un titre de circonstance, bizarrement oublié jusque là : Mogwai, bien sûr (alors, c’est peut-être parce que ce n’est pas vraiment des mots, les rares fois où il y en a, qu’on s’occupe en écoutant Mogwai…), qui il y a deux ans, sur Hardcore will never die but you will (2011), situait non sur Trafalgar Square mais sur George Square la fête rêvée à venir :  George Square Thatcher Death Party, donc. 

La pensée — Leonid Andreïev par Olivier Werner

Le docteur Kerjentsev a tué — il a écrasé, à coups de presse-papier en bronze, la tête de son plus proche ami, écrivain à succès, époux en fait méprisé de la femme qui l’avait, lui Kerjentsev, refusé. Les circonstances du crime et de la conduite précédente de Kerjentsev font soupçonner la folie : il est interné dans l’attente du procès. C’est dans sa cellule d’hôpital psychiatrique qu’il écrit (sur la scène : dit) les feuillets adressés aux experts chargés de statuer son sur cas : pour leur exposer en détail sa maîtrise, leur démontrer que loin d’être fou, il a sciemment et précisément conçu et réalisé — comme un auteur, comme un acteur — le projet de ce meurtre, vengeance/revanche sur ce rival à succès qu’il méprise, assorti de l’alibi précisément construit de la folie. Folie de la démonstration de maîtrise, rationalité glaçante (et humour noir) de la monstruosité jalouse ; logique méticuleuse, et gouffres monstrueux, de la pensée, jusqu’à ce que le narrateur ne sache lui-même plus s’il est un fou qui démontre qu’il ne l’est pas ou un esprit supérieur qui démontre qu’il est fou : le récit d’Andreïev instaure un vertige. Son personnage pourrait être un monologueur dostoïevskien, mais 30 à 50 plus tard, à l’entrée du XXe siècle (le texte date de 1902) : sans Dieu (?), sans amour, mais sur fond de ressentiment, la folie monstrueuse prenant les traits de l’affirmation d’une l’ultra-maîtrise rationnelle et scientifique dont le XXe siècle se fera une spécialité.

Olivier Werner l’incarne à merveille, dans la petite boîte cellulaire éclairée de quelques néons qui constitue le décor (le spectacle s’inscrit dans une trilogie sur l’enfermement), sachant jouer de la ‘double face’ de cette pensée omniprésente : longtemps les rires fusent de la salle à chaque saillie méprisante de l’assassin, et avec lui l’effroi glaçant d’entendre ce même rire ; quelque chose comme un grotesque froid, sans doute, celui de l’aplomb de cette logique noire ; le vertige est déjà là, et il déploiera progressivement ses ailes. Et Olivier Werner excelle dans l’art de garder une netteté du récit (logique implacable de celui-ci, discrète fermeture des fins de phrases, humour noir non appuyé), tout en construisant une intériorité (non pas une psychologie unie, ni même à proprement parler une profondeur, mais une densité et une complexité humaine, un moi abyssal — que le narrateur s’efforce justement, en vain, de rassembler en une unité de maîtrise). Dans ce genre de cas, tellement il est difficile de trouver les mots pour caractériser une qualité de jeu lorsqu’elle n’est pas que virtuosité, on dit alors : « sacrée performance d’acteur »… Disons simplement qu’Olivier Werner est un grand acteur, et que s’il colle ici particulièrement à la force du personnage et du récit d’Andreïev, ce pourrait être aussi dans cette alliance entre la maîtrise de son jeu (droiture implacable du récit, traits et éruptions, gamme des variations d’intensités et de régimes de parole) et le glissement assumé dans les abimes humains du personnage, dans lesquels il entraîne le spectateur.

La pensée, de Leonid Andreïev

traduction, conception et interprétation : Olivier Werner

direction d’acteur : Urszula Mikos

aide à la traduction : Galina Michkovitch

du jeudi 11 au dimanche 14 avril 2013

(jeudi, vendredi, samedi : 20h ; dimanche : 17h)

la fabrique mc11, 11 rue Bara, 93100 Montreuil (M° Robespierre ; tel. : 01 74 21 74 22)

(puis autres dates d’ici l’été : Valence, Les Trinitaires, 18-20 avril ; ( Biarritz, juin ?) ; et la saison prochaine).

 

 » La folie est un feu avec lequel il est dangereux de jouer. Si vous grattez une allumette au beau milieu d’une poudrière, vous êtes en droit de vous sentir plus en sécurité que si la plus infime crainte de folie se glisse dans votre cerveau. Et cela je le savais, je le savais. » (La Pensée, feuillet 2)

[subjectivité/société/marginalité/histoire — K.M. Grüber]

Citation

 » Moi, je suis pour le maximum de subjectivité, mais il faut s’entendre sur les mots. Je parle des Kleist, des Lenz, de ces fous dont la subjectivité est tellement énorme qu’elle en devient historique. Cela dépend des époques, mais il y en a certaines où la société rejette tant de gens qu’on ne peut vraiment la comprendre qu’en étant marginal. Il y a, dans l’histoire, une relation entre la société et la maladie mentale. La folie de Kleist est l’une de ces failles par lesquelles passe l’histoire. « 

Klaus Michael Grüber, entretien à propos de son spectacle Faust-Salpêtrière (propos recueillis par Y. Davis, M. Raoul-Davis et B. Sobel), Théâtre/Public n° 5-6 (1975)

Such a loss (une grande perte, en VF)

Avec la mort de Margaret Thatcher (et ce même si elle avait disparu de la politique active depuis des années — mais la marque destructrice de sa politique aura été définitive et indélébile), le rock (et la pop) anglais(e) perd une figure repoussoir sans doute irremplaçable, une source longtemps inépuisée d’humiliation populaire et de haine prolétaire. Aujourd’hui, Morrissey connaît donc la réponse — 8 avril 2013 — à la question qu’il posait il y a déjà 25 ans de cela, dans la douce chanson qui clôturait son premier album solo Viva Hate (1988), Margaret on the guillotine : « When will you die ? ».

Bonus (comme à coup fantôme on est généreux, il y a souvent des bonus) :

Parmi les nombreux souvenirs laissés par le gouvernement de Thatcher, la grande grève des mineurs de 1984-85, chez Pulp par exemple :

 

Mise à jour (14 avril ’13) : un post-scriptum a été posté : suivre ce lien.