Couleur fantôme

Hantaï - tabula lilas

 

Toile brut et peinture blanche. Mais cette tabula produit, sous un certain éclairage, la couleur lilas. Couleur perçue alors qu’elle n’est en rien dans ses constituants, couleur immatérielle ; couleur fantôme.

il ne reste plus que 3 jours pour voir la magnifique rétrospective Simon Hantaï au Centre Pompidou, qui s’achève le 2 septembre, et y voir de multiples autres couleurs et (dans le) blanc(s), et de multiples autres matières, — celles de Mariales, des Meungs, des Etudes ou des Tabula —, des plis et des étoilements, …

 

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Théorie du drone (Fuck Buttons, Route du rock, 15/08/13)

L’autre grand moment, après Nick Cave, de la soirée du 15 août de cette édition 2013 de La Route du rock, fut le set de Fuck Buttons, clôturant la soirée (après la pause galette-saucisse permise par le sous-funk indigent et ennuyeux de !!!, puis les intéressants Electric Electric au son malheureusement bien trop fort pour la petite scène des remparts où ils jouaient) au cœur de la nuit, entre 2h40 et 3h40. Des saisissants martèlements d’ouverture de Brainfreezed au leitmotiv aigu pris sous une décharge sonore du final Flight of the Feathered Serpent et à son arrêt brutal faisant comprendre que l’heure impartie s’était écoulée sans que l’on s’en soit rendu compte, les deux bristoliens (Andrew Hung et Benjamin John Power), face à face de part et d’autre de leur table encombrée de machines, doublés sur écran de leurs ombres blanches, ont tenu et développé la tension sonore sans temps faible. Naviguant entre titres de leur tout récent troisième album Slow Focus (sorti en juillet chez ATP recordings) (Brainfreezed, Sentients, Red Wing) et classiques précédents (de Tarot sport surtout) (Surf Solar, Colours Move, Olympians, Flight of…), mêlant en un même geste tout au long des sinuosités du concert puissance du son et rythme & riffs dansants, la noirceur propre (ou plutôt : « sale ») à Slow Focus et l’efficacité (sophistiquée) de dansefloor qui est la leur, conférant à leur électro singulière une densité rock (qui rappelait curieusement, bien que différemment, les meilleurs moments de Death in Vegas — la « citation » rock en moins). Un son puissant et perçant, abrasif et dansant, répétitif et évolutif, profond et mouvant.

Ca tombe bien : Arte Liveweb a filmé le concert et le diffuse jusqu’à mi-septembre — il est accessible par le lien suivant :

http://liveweb.arte.tv/fr/video/Route_du_Rock_Fuck_Buttons/

(Mise à jour, octobre ’13 :

le concert de Saint-Malo n’étant plus disponible sur Arte liveweb, nous vous mettons en remplacement une captation du concert du 17 septembre ’13 à l’Electric Ballroom à Londres :


(Main set)
0:00 – Brainfreeze
9:40 – Surf Solar
18:25 – Colours Move
25:20 – Olympians
36:00 – Sentients
43:44 – The Red Wing
51:08 – Hidden XS

(Encore) 1:03:03 – Space Mountain  )

 

Et, session de rattrapage parisienne : Fuck Buttons sera en concert au Trabendo le 19 septembre.

http://fuckbuttons.com

Spiderman, we no who u r (Nick Cave, Route du rock, 15/08/13)

Bon, bien sûr, on s’en doute un peu à l’avance ; on l’espère, même, on est venu pour ça. Mais au vu de la beauté apaisée (ça fait 20 ans que l’on déclare tel ou tel album de Nick Cave plus apaisé que les précédents) de Push the sky away, de la part du silence et de la mélancolie dans cet excellent nouvel album, on ne s’attend pas à ce que cela vienne si vite. We no who u r pour ouvrir le concert, se poser, bien droit et déjà bien en mouvement sur ses grandes jambes ; et puis, sans attendre, c’est ce Jubilee street et cette montée de tension et de rythme : là, de l’intérieur de l’évolution de ce morceau, on sait — que le concert sera incroyable, chargé de tension jusqu’à la fin, électrique. Qu’on gardera les yeux fixés sur les déplacements et les balancements de Nick Cave (des barrières du public au piano, du piano à un bout et à l’autre de la scène, des barrières du public de face aux mains du public de côté, etc.), et les oreilles rivées sur sa voix, sur ses récits, traversées simultanément des mille manières différentes de faire sortir des sons d’un violon de Warren Ellis. Après la montée progressive et la décharge finale de ce Jubilee Street, Nick Cave pourra passer aussitôt au traditionnel « Listen… I wanna tell you about a girl… » et les Bad Seeds entamer les martèlements puissants de From her to eternity… Intensité permanente dans un parcours d’1h10 au mouvement fluctuant : décharges, retour au calme avec Mermaids et Love letter, remontée via le cheminement d’un impressionnant Higgs Boson Blues, fin doucement abandonnée à la nuit sur Push the sky awaySaint-Malo, Route du rock, 15 août ’13 (quel meilleur moyen de fêter l’assomption de la vierge Marie, n’est-il pas ?), juste après la tombée de la nuit : Nick Cave fut encore une fois inqualifiable de présence, d’énergie et d’intensité.

Setlist: We No Who U R – Jubilee Street – From Her To Eternity – Tupelo – Deanna – Mermaids – Love Letter – Higgs Boson Blues – The Mercy Seat – Stagger Lee – Push The Sky Away

Ah oui : pourquoi ce titre soit stupide, soit énigmatique, nous direz-vous ? Alors qu’on aurait pu titrer plus simplement « Nick Cave, incroyable bête de scène », voire « Nick Cave, une découverte pour la jeune génération ? » (tout cela est vrai, puisque c’est Ouest France qui le dit). Tout simplement parce que l’envoyé spécial de coup fantôme n’avait jamais jusque là  remarqué combien Nick Cave, avec ses grandes pattes et sa manière de marcher-danser avec (pattes arrières/jambes et pattes avant/bras), pouvait faire penser à une araignée ; et avec son regard aussi, fixant sa proie (les premiers rangs du public) avant de se mettre à chanter et/ou d’avancer vers elle (c’est bien comme ça une araignée, non ? Non ?). Voilà. A moins que ce ne soit l’air (lointainement) marin et la puissance de ravissement du concert qui n’aient provoqué en lui une hallucination.

Lien

[La Maman et la putain, Jean Eustache]

Il ne reste plus que 48h pour regarder La Maman et la putain, de Jean Eustache (1972, avec Jean-Pierre Léaud, Françoise Lebrun et Bernadette Lafont) sur Arte +7 (le film, indisponible en DVD et très difficile à voir pour des raisons de droits, a été diffusé sur Arte le 29 juillet au soir et est disponible jusqu’au 5 août) :

http://www.arte.tv/guide/fr/018499-000/la-maman-et-la-putain?autoplay=1

Slowdive : post-scriptum de saison

Slowdive, When The Sun Hits, album Souvlaki (1993)

(oui : « Souvlaki » ; avec comme titre phare « Souvlaki Space Station » ; et même, sur une face B du EP Outside your room du single Alison, un remix gentillet de Souvlaki Space Station au doux nom de « Moussaka chaos » ; mais en plus digeste ; surtout lorsqu’on se souvient de Rachel Goswell sur scène, sourire frais — Catch the breeze…, qu’on rêverait de circonstance — et guitare accessoire au milieu des nappes et décibels enveloppant les quelques petits mètres carrés de feu l’Espace Ornano, lors de la tournée qui précédait, celle de l’album Just for a day — le concert parisien de tournée de Souvlaki fut hélas annulé au dernier moment…)