November : November, « November »

November is November is November…

couverture November

après « Mr November » (voir fin du post précédent),

et pour marquer cette fin de novembre

— en 2006 (et pourtant ce n’était pas en novembre, mais en janvier), fruit d’un voisinnage suisse (et plus précisément genevois), Bernard Trontin (batteur des Young Gods) et Simon Huw Jones (voix d’And Also The Trees) sortaient sous le nom de « November » un magnifique album éponyme, alliance climatique entre l’électro « ambient » cinématographique de Trontin et la voix doucement profonde de S.H. Jones.

Le temps passant, nombre de traces sur le net s’en sont effacées. L’album est cependant toujours commandable sur le site de Shayo Records, et trois titres peuvent être écoutables en avant-goût au détour d’un myspace caché. Petit trésor à retrouver sous les feuilles.

Les trois titres :

https://myspace.com/trontinjones/music/songs

et un par un :

« The Stairwell » :

https://myspace.com/trontinjones/music/song/the-stairwell-20271073-20072258

In my room I hear the stairwell / Hushed with a voice dry / Who are you ? / I’ve held an eye up to the keyhole / Opened the door to this solitude. /// I stumble in the dark / that stucks like quicksands / But see you running to the dawns land / Into a day that stretches long / The sweet smell of bread / And fragments of songs… /// I’m walking down Bear Hill / Where the streetcars glide /// And the snow that falls / out of this solemn night / But beneath the bridge / Where the wind will fly / I see your head extended to mine. /// Bring me joy bring me spring / Bring me anything you please / The lights on the Rhone silently gaze. /// So morning comes / Bringing with it it’s fair face / I can see you run / Among the leaves upon the chase. / Your river flows / A frozen mud that shines like gold / Out of your heart I see the sun / Shines through these morning trees.

« The Night Watchman » :

https://myspace.com/trontinjones/music/song/the-night-watchman-32626512-33544765

Foud a coin on the floor / Pressed my nose to the window pane / Bucket in the corner / Picture on the wall /// Don’t know where to shine my torch / Cycle down the empty street / Broken glass in the yard /// Early morning in the town / And the stars still shine / In my pocket /// In my pocket /// The stars still shine /// In my my pocket.

« Melancholy Jane » :

https://myspace.com/trontinjones/music/song/melancholy-jane-20262920-20064105

(all songs : Music & instruments : Bernard Trontin ; Voice & words : Simon Huw Jones)

Concerts de l’automne, c’est déjà hier : Nick Cave, suede, The National — traces

Nick Cave & the Bad Seeds, 19 novembre, Zénith

« Can you feel my heart beat ? »

+ Bonus : Deanna (dernier rappel) :

La question : combien Warren Ellis use-t-il d’archets par concert ? Les témoignages de nos envoyés spéciaux concordent : ils l’ont vu en jeter, d’un grand geste ample et sauvage, au moins 5 ou 6 vers le grand rideau de fond de scène, après que coup d’archet après coup d’archet les crins se soient les uns après les autres rompus, ce qui donne un très bel effet visuel d’effilochage en particulier lorsque la lumière est en contre jour. De la part de quelqu’un qui sait si bien jouer du violon exactement comme il jouerait d’une guitare, rien de très étonnant : rock, violence, violin.

(setlist : We No Who U R – Jubilee Street – Tupelo – Red Right Hand – Mermaids – The Weeping Song – From Her to Eternity – West Country Girl – God Is in the House – People Ain’t No Good – Into My Arms – Higgs Boson Blues – The Mercy Seat – Stagger Lee – Push the Sky Away    + We Real Cool – Papa Won’t Leave You, Henry + Deanna )

 

suede, 11 novembre, Cigale (Festival Les Inrocks)

« High on diesel & gasoline »

intros – Still Life – Barriers – It Starts And Ends With You – Trash – Animal Nitrate – We Are The Pigs – Sabotage – The Drowners – Filmstar – Heroin [1999] – The 2 Of Us – For The Strangers – So Young – Metal Mickey – Beautiful Ones  + She’s In Fashion – New Generation

Pour information : suede est un groupe anglais composé : à gauche de la scène, à droite de la scène, sur le devant, sur l’ampli de retour de gauche, sur l’ampli de retour de droite, sur l’ampli de retour du centre, dans la foule, sur le rebord du praticable du batteur, en l’air, etc. : un chanteur-performeur-showman nommé Brett Anderson, dont l’ancienne addiction au crack dans les années 90-2000 n’a jamais cessé d’être supplée par une production sans doute peu courante dans le règne humain d’adrénaline ; puis, de droite à gauche : un guitariste qui n’a plus les 17 ans qu’il avait lorsqu’il a été recruté il y a 20 ans par le groupe pour remplacer son prédécesseur, un batteur, un bassiste qui est un  bassiste, c’est-à-dire placide et ondoyant, et un ficus qu’on a toujours cru juste là pour décorer mais on mettra ça sur le compte du Chronic Fatigue Syndrom dont il est (a été ?) affecté vu qu’en fait il joue aussi du clavier et de la guitare. Le groupe est également constitué de Brett Anderson (avec pied de micro), Brett Anderson (grande bouche micro en main), Brett Anderson (lassoing with the mic), Brett Anderson, et, semble-t-il, Brett Anderson. C’est imparable.

La question : le collectif allait-il enclencher un nouveau débat autour de suede (voir les épisodes précédents dans coup fantôme), suite à la déclaration de Brett Anderson au public : « it’s great when you sing along, i love it, it’s… we’re together, it’s no theater, you know… » ? Mais même les membres « théâtre » du collectif n’ont pas jugé bon de polémiquer et d’arguer sur la co-présence théâtrale. Suede en concert, c’est sûr, c’est imparable.

 

The National, 18 novembre, Zénith

La question va avec le bonus : combien de mètres de fil de micro faut-il pour que Matt Berninger puisse faire le tour (ou plutôt le tour de la moitié de l’hémicycle, ce qui est déjà beaucoup, et par les hauteurs) du public du Zénith + retour sur la scène durant le temps de Mr November (ce qui explique pourquoi très vite vous ne le verrez plus sur scène  durant la captation qui suit) ?

(Il n’était pas possible de finir ces traces d’un beau novembre de concerts autrement qu’avec, bien sûr, un tel « Mr November ».)

Al-Atlal (les ruines) (Andoura, Zekri, Om Kalsoum, Darwich)

AL ATLAL (Les Ruines)

Sharif Andoura (acteur) et Camel Zekri (musicien)

d’après Om Kalsoum et Mahmoud Darwich

Mise en scène : Matthieu Cruciani

Théâtre de Sartrouville, mardi 5 et mercredi 6 novembre, 20h30

 

Il y a une chanson d’Om Kalsoum, Al-Atlal (les ruines) — les ruines d’un amour, ce qu’il en reste, la vie et le désir de libération qui en naissent.

« Ne cherche pas, mon âme, à savoir qu’est devenu l’amour

C’était une citadelle imaginaire qui s’est effondrée

Abreuve-moi et trinquons à ses ruines

Conte en mon nom l’histoire

Maintenant que mes larmes ont coulé

Raconte comment cet amour s’est transformé en passé et pourquoi il m’est devenu un sujet de douleur…

(…)
Donne-moi ma liberté, dénoue mes mains.

Je t’ai tout donné; je n’ai rien gardé pour moi.

Mes  poignets saignent

Pourquoi garderais-je ces chaines alors

Qu’elles n’ont plus d’effets sur moi

Pourquoi croire aux promesses que tu n’as pas tenues

Je n’accepte plus ta prison

Maintenant le Monde m’appartient. »

Il y a les textes de Mahmoud Darwich, des souvenirs des bombardements de Beyrouth (d’Une mémoire pour l’oubli) à des poèmes plus récents comme Le Lanceur de dés :

 » Qui suis-je pour vous dire
ce que je vous dis,
moi qui ne fus pierre polie par l’eau
pour devenir visage
ni roseau troué par le vent
pour devenir flûte…
Je suis le lanceur de dés.
Je gagne des fois, je perds d’autres fois.
Je suis comme vous
ou un peu moins…
Je suis né près du puits
et des trois arbres solitaires telles des nonnes.
Je suis né sans flonflons ni sage-femme.
J’ai reçu mon nom par hasard,
par hasard,
appartenu à une famille,
et hérité de ses traits, ses caractères
et ses maladies :
Premièrement : Problèmes artériels et hypertension.
Deuxièmement : Pudeur devant le père, et la mère et la grand-mère arbre.
Troisièmement : Illusion que la grippe se guérit par une infusion chaude de camomille.
Quatrièmement : Paresse à évoquer l’antilope et l’alouette.
Cinquièmement : Ennui durant les nuits d’hiver.
Sixièmement : Inaptitude flagrante au chant.
Je n’étais pour rien dans ce que je fus.
Le hasard m’a fait de sexe masculin…
par hasard j’ai vu l’astre lunaire,
pâle tel un citron,
courtiser les femmes encore réveillées
et je n’ai pas fait d’effort pour trouver
un grain de beauté
au plus intime de mon corps !

(…)

J’ai la chance de dormir seul,
d’écouter ainsi mon cœur,
de croire en mon talent à déceler la douleur
et appeler le médecin,
dix minutes avant de mourir,
dix minutes suffisantes pour revivre
par hasard et décevoir le néant.
Mais qui suis-je pour décevoir le néant ? »

ou Ici :

« Et à deux de mes amis,
je dis aux portes de la nuit :
Si un rêve est indispensable
qu’il soit à notre image…et simple, comme si nous dînions tous les trois, dans deux jours,
pour célébrer l’accomplissement
de la prophétie dans notre rêve
et le fait que depuis deux jours,
tous trois n’avons pas diminué d’un. Célébrons la sonate de la lune
et la clémence de la mort qui,

nous voyant ensemble, heureux,
n’insista pas.
Je ne dis pas : La vie, là-bas, au loin, est réelle et le lieu, imaginaire.
Je dis : La vie, ici, est possible.»

(…)

«Nous possédons aussi de petits rêves, comme sortir du sommeil
guéris de la déception
et sans rêves impossibles

Nous sommes vivants et présents… et ce rêve se poursuit.»

(…)

«Sentimentaux involontaires,
lyriques par choix,
nous avons oublié
les paroles des chansons sentimentales.

Ici en compagnie du sens
nous nous sommes révoltés contre la forme et nous avons modifié l’épilogue. »

Il y a l’acteur Sharif Andoura, délicatement accompagné de la guitare de Camel Zekri, qui, comme sur les ruines de la chanson, dans une mise en scène d’une grande sobriété, circule entre ces textes, en construit un récit, le mouvement d’un simple déplacement d’un point de la scène à un autre, d’un moment ou d’un point de vie à un autre, réussissant à faire bruisser le lyrisme de ces pierres de touche de la chanson et de la poésie arabe dans le concret le plus simple, direct et évident, où l’élégie pourtant vivace se retourne en une affirmation simple : « je (mais qui, je ?) suis là, nous sommes (encore ? toujours ?) là ».

Il y a l’Egypte, le « monde arabe », la Palestine, il y a aussi la Syrie (Sharif Andoura, acteur belge et roux de père syrien) ; il y a la mémoire, l’Histoire, ses ruines, mais c’est-à-dire ce qui en reste, ce qui résiste, survit, demeure, ce qui vit — « comme une rose qui pointe soudain des fissures d’un mur », dit justement la présentation du spectacle.

Marguerite et le dragon, un film de Raphaëlle Paupert-Borne et Jean Laube

Vu à « Cinéma du réel » il y a deux ou trois ans, le très simple, beau et poignant Marguerite et le dragon, de Raphaëlle Paupert-Borne et Jean Laube, est à voir désormais, en salles et en DVD (le DVD sera disponible à partir du 5 novembre).

En salle, Marguerite et le dragon sort au Saint-André des Arts,
Il sera projeté tous les jours (sauf le mardi) à 13h30, du 30 octobre au 11 novembre.

Les séances du week-end seront suivies de rencontres et débats :
– le samedi 2/11 avec les réalisateurs,
– le dimanche 3/11 avec Zahia Rahmani (historienne de l’art et écrivain),
– le samedi 9/11 avec Laurent Mauvignier (écrivain) et Cyril Neyrat (critique de cinéma),
– le dimanche 10/11 avec Cyril Neyrat

Présentation du film :

« Marguerite a été emportée par le dragon. Elle avait une maladie, la mucoviscidose.
La chronique de ses six années de vie se déroule, par séquences, par plages musicales – premiers instants, toute petite enfance, chambres d’hôpitaux, amitiés, fêtes et jeux de l’été – entrecoupées d’ouvertures sur le paysage. C’est le récit d’une vie entière. L’issue du film est donnée dès le début, mais chaque seconde est ici montrée pour son intensité, son miracle et, en conséquence, sa résistance à la mort. Marguerite et le dragon est un film sur la grâce et la fragilité de la vie, qui sont aussi sa force et sa puissance. »

Vous pouvez lire en cliquant ICI trois textes sur le film de Jean-Paul Fargier (« Le prix de la vie »), Laurent Mauvignier (« Marguerite, le dragon, et nos armures »), et Yannick Haenel (« A propos de Marguerite et le dragon« ).

Et un article récent du Monde (« Marguerite et le dragon, le deuil transfiguré », par Noémie Luciani, 29/10/2013) à lui récemment consacré.

Pour en finir avec les clowns

… et après, promis, on arrête de publier des posts avec des clowns. Tout le collectif s’excuse d’ailleurs collectivement de ces moments d’égarement collectif — on ne nous y reprendra plus.

• Charles Mingus :

(NB : merci à Brambilla)

 

• 1924 : Victor Sjöström, He who gets slapped, traduit en français par Les larmes du clown. La seule histoire de clown qui pourra inspirer Bergman, en particulier pour son (télé)film En présence d’un clown (1997, d’après sa pièce S’agite et se pavane). Le film de Sjöström (synopsis ici) se trouve en DVD, il est très beau.

 

• Brett Anderson, Clowns (live, Berlin, 2010) :

 

••• and now : rideau sur les clowns.