Walsh again (The Apartments, All the Birthdays)

[Un beau petit texte de Peter Milton Walsh publié récemment sur « adecouvrirabsolument », pour la série « My favourite things » :

http://www.adecouvrirabsolument.com/spip.php?article5060

L’occasion pour coup fantôme de republier ce post sur « All the birthdays » et la voix de PMW, et la navigation de l’émotion qui peut lui être propre. Pour remercier A. de l’avoir fait suivre à PMW, et d’avoir retransmis sa réponse. Et surtout, tout simplement, parce que les voix, et les chansons, vous accompagnent, ne vous quittent jamais mais par moments resurgissent, par hasard ou parce qu’elles reviennent comme s’imposant de fait comme « de circonstance » — et bien sûr celle de PMW/The Apartments est par excellence de celles-là. Et peut-être aussi avec le pressentiment que cet ancien post qui fait retour pourra faire écho avec certains posts à venir — may be. ]

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« All the Birthdays » (P. M. Walsh), in The evening visits … and stays for years (1985)

Dans cette chanson m’a toujours semblé se jouer au carré tout le mystère de l’émotion et de l’expressivité de la voix de Peter Walsh : l’entrelacement subtil du lyrisme et de la pudeur, de ce que je me plais à appeler l’éperdu et de la retenue. Car si la voix et les chansons de Peter Walsh touchent tant, ce n’est bien sûr pas parce qu’elles expriment à corps et à cri ce qui les porte ; au contraire, si leurs accents et leurs accès nous étreignent, c’est parce que les chansons charrient toujours une émotion qui excède son expression, et dont la profondeur, l’intensité, la vie affleurent et débordent par de brèves inflexions de la voix, de brefs accès de rage ou de détresse contenues (on peut les distinguer furtivement à certains moments de la vidéo de 2009 de « The Goodbye Train » postée il y a quelques jours, par exemple), de brèves résurgences qui émergent au moment où l’on s’y attend le moins, ou alors qu’on ne s’y attend plus (ce qui revient au même…). Et déchirent.

Dans « All the Birthdays« , et sans doute d’autant plus que la chanson n’a pas de refrain, est comme une sorte de récitatif porté au rythme régulier de la guitare (Peter Walsh dit ; il chante mais il dit tout autant qu’il est lyrique, et cette distance-là est déjà le premier effet qui contient pour mieux condenser et laisser surgir) et juste accompagnée et entrecoupée d’un violoncelle et d’un flügelhorn, ce drôle de parcours, qui vous prend par surprise après vous avoir fait croire qu’il allait vous prendre puis finalement se replier en une (très relative) sécheresse/sobriété expressive, est particulièrement troublant. Hors la voix, déjà au niveau de l’instrumentation : l’émotion semblant laissée au violoncelle et au flügelhorn, introduction puis ponts alors qu’ils s’effacent (mais ne disparaissent pourtant pas pour autant…) tandis que Walsh chante/raconte, et la guitare suivant son rythme régulier et implacable, celui d’une avancée perpétuelle. Et à travers la voix, donc : il y a une montée, mais on ne l’entend pas comme montée, elle est montagnes russes (montées/retombées) et elle nous désarçonne donc en permanence : dès le début la voix est baignée de quelque chose qu’il faut bien nommer une mélancolie ou une tristesse, poignante, aiguë, et des brisures viennent régulièrement l’affecter, mais toujours ponctuelles, sans jamais l’emporter. Comme des fissures dont on s’attendrait à ce qu’elles fassent se rompre une digue qui reste pourtant étonnamment résistante. Lorsqu’un demi-couplet (ou un couplet, comment faut-il appeler ces petites séquences de texte ?) manifeste (ex : entre 1’30 et 2′) une montée, une amplification de la déchirure, la voix s’interrompt pour laisser porter la chanson par le violoncelle et le flügelhorn, puis reprend, ouverte par la déchirure d’un « Oh » (2’25) qui se clôt aussitôt pour une voix revenue à peu près comme au début, plus apaisée même si toujours tremblée/troublée de petites inflexions qui ne s’étendent pas, jusqu’au « all the birthdays come at once » (2’50) sobrement (et ainsi nostalgiquement) constatatif.

Pourtant la chanson et la voix évoluent bien, dans ce parcours sinueux, l’expressivité et la déchirure s’amplifient, mais toujours dans un tel jeu de retenue et d’affleurements qui les rendent insituables ; le « Keep your distance (…) confusing vanity and power » marque ainsi un tel crescendo émotif : l’éperdu a (re-)surgi ; mais aussitôt après, la chanson semble appelée à finir aussitôt, comme si elle ne pouvait pousser plus avant, ne pouvait passer une telle limite de déploiement du restless qu’exprime la chanson, de cri — d’impudeur ? Car …  I try to keep this world alight. Et elle semble alors s’achever sur ce qui est en fait un pont mais qu’on entend comme un passage instrumental de clôture, autre retombée qui semble en tout comme final : là, Peter Walsh se taira. Mais la conclusion est un pont, il repart finalement pour aller au bout du parcours qui sous-tend le chant et l’avancée musicale : il ira jusqu’au bout. Comme une coda, les dernières paroles chantées, lancées par un « Oh, vanished things » impulsif… Et là se tissent simultanément l’avancée inexorable et constatée (« slipping to another town« ) et les inflexions douloureuses, marquées, chargées, jusqu’aux derniers mots qui sembleront tout retenir jusqu’à ce que le dernier mot, exactement — et celui qui dit sans doute ce qui veut s’exprimer, et  (c’est ce que la phrase même dit) qu’il s’agit d’éviter, d’épargner — lâchera finalement, en un deux syllabes là véritablement éperdues (et qui sembleront appelées à se prolonger infiniment, dans l’écho ou un fading, mais ne dureront finalement que quelques secondes, 5 secondes peut-être, avant d’être sèchement refermées) : « spare me the rituals of / sorrow« …

Une montée continue mais qui n’indique jamais sa destination, et ne se désigne même jamais elle-même comme montée, joue de ses influx et de ses retombées, un lyrisme retenu chargé et traversé d’affleurements : continuer la chanson comme un chemin sans jamais savoir où il mène si ce n’est à son point final, en fait son point d’origine, mais que la pudeur et le poids de la vie vécue s’attacheront toujours à ne jamais transformer en plainte ou en tire-pitié. L’éperdu, qui ne peut toujours qu’affleurer et parfois surgir par à-coups, pris dans la pudeur comme il l’est dans le cours et le socle intime de la vie.

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voir aussi :

https://coupfantome.wordpress.com/2013/05/13/give-nothing-away-no-dark-confession-peter-milton-walsh-the-apartments/

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