Nager (…, voler, rythmer, burger peut-être)

Rodolphe Burger & Olivier Cadiot, Je nage

(sample : Gilles Deleuze, cours sur Spinoza à Vincennes – mars 1981)

album Hôtel Robinson, Dernière bande, 2002

Le futur / le silence (Schulhoff)

Sculhoff - in futurum partition

Erwin Schulhoff, In Futurum (1919)

ce qui donne :

[Et bien sûr, coup fantôme n’aurait jamais trouvé ça si David Sanson (qui n’a jamais aussi bien porté son nom) ne l’avait pas déniché et publié ailleurs, un jour d’entreprise de  généalogie (ou, dixit, de recherche des « plagiats par anticipation ») des 4’33 » cagiennes ;

]

Langues (langue diurne, langue nocturne, …)

« Je suis à la recherche d’une langue. Les hommes ont beaucoup de langues : celle dans laquelle on parle aux enfants, celle dans laquelle on parle d’amour… Et puis la langue dans laquelle nous nous parlons à nous-mêmes, celle dans laquelle nous nous tenons des conversations à nous-mêmes. Dans la rue, au travail, en voyage — partout, on entend autre chose, ce ne sont pas seulement les mots qui changent, c’est aussi quelque chose d’autre. Même le matin et le soir, un homme ne parle pas la même langue. Quant à ce qui se passe la nuit entre deux personnes, cela disparaît complètement de l’histoire. Nous avons affaire uniquement à l’histoire des hommes diurnes. Le suicide, c’est un thème nocturne, l’homme se trouve à la frontière de l’être et du néant. D’un état de rêve. »

Svetlana Alexievitch, La fin de l’homme rouge,

trad. S. Benech, Actes Sud, 2013, p. 23

cité dans le programme de Pulvérisés (d’Alexandra Badea, mise en scène Aurélia Guillet et Jacques Nichet, Théâtre National de Strasbourg, février 2014)

Théâtre, rêve, rien (Lupa, Persona Marilyn)

« ANDRÉ : J’ai rêvé d’hirondelles cette nuit. Elles sont entrées dans ma chambre. Elles étaient nues, sans leurs fracs. Elles se sont posées sur le lit, et elles n’avaient pas peur. Ce n’est que l’éclair du flash qui les a effarouchées et elles se sont enfuies.

Il regarde le public.

MARILYN : André, tu regardes là-bas ?

ANDRÉ : On aurait dit des gens… un public… Ils sont assis et nous regardent…

MARILYN : Tu n’es qu’un rêveur. Encore plus que moi…

Tu me dis donc qu’il y a des gens assis là-bas ?

ANDRÉ : Oui, des gens, et ils sont assis… comme au théâtre ou à l’église… Non, pas comme à l’église… Les gradins… un amphithéâtre… Je crois qu’on est en train de jouer pour eux.

MARILYN : À t’entendre tout paraît clair et pourtant ce n’est qu’illusion…

J’aimerais être nue devant eux… anonyme… Juste être, et qu’ils n’exigent rien de plus.

Pour qu’ils n’en aient pas honte… André, on s’enfonce dans le n’importe quoi ?…

ANDRÉ : (continuant à regarder le public) : Ils exigent de nous des faits… (Il rit.) un truc intéressant. Sauf que nous, nous n’avons rien. Nous sommes… Et nous sommes juste des êtres sans forme, des sacs avec une certaine existence… Alors, nous nous efforçons, nous nous efforçons… Nous commençons à avoir peur. »

Krystian LUPA, Persona. Marilyn

(trad. A. Zgieb)

Lupa:Marilyn avec André

Marilyn/Sandra Korzeniak, André De Dienes / Piotr Skiba

« Il faut valoriser » (Giacometti/Genet)

 » Une réflexion de Giacometti, souvent répétée :

– Il faut valoriser…

Je ne pense pas qu’il ait porté une fois, une seule fois de sa vie, sur un être ou sur une chose un regard méprisant. Chacun doit lui apparaître dans sa plus précieuse solitude.

LUI. — Jamais je n’arriverai à mettre dans un portrait toute la force qu’il y a dans une tête. Le seul fait de vivre, cela exige déjà une telle volonté et une telle énergie…  »

Jean Genet, L’Atelier d’Alberto Giacometti