Apartments + Tarkovski (She sings to forget you / Solaris)

« David McClymont, who played bass in Orange Juice, took this timeless scene from Tarkovsky’s “Solaris” and placed an Apartments song [« She Sings to forget you », NDCF] beneath it. Seems perfect setting to me, for the depths of night in some wintry place where snowfall is just around the corner. »

Peter Milton Walsh (The Apartments)

[« She sings to forget you » (P. M. Walsh), in The Apartments, A Life Full of Farewell, 1995 ; Solaris, un film d’Andrei Tarkovski, 1972 ; & P. Brueghel…]

BiT ‘it (Maguy Marin, BiT)

BIT, conception Maguy Marin, en étroite collaboration avec Ulises Alvarez,Kaïs Chouibi,  Laura Frigato, Daphné Koutsafti, Mayalen Otondo / Cathy Polo, Ennio Sammarco ; direction technique et lumières Alexandre Béneteaud ; musique Charlie Aubry

Théâtre de la Ville (les Abbesses) jusqu’au 15 novembre (avec le Festival d’automne à Paris), et tournée

BiT1

Elle met du temps à vraiment sortir, cette petite farandole à six, comme timide voire légèrement craintive, hésitante en tout cas — derrière la série de plans inclinés qui entourent l’espace —, à entrer sur le plateau pour l’investir, le parcourir, l’habiter. Et pourtant, une fois entrée, quels mouvement, quel/-s rythme/rythmes, quels possibles ; quelle joie. A la file (ondulée), reliés par les mains par lesquelles ils se tiennent ; entre sirtaki, farandole et fest-noz, que sait-on encore (simple et quotidien, évident tout autant qu’ancestral), mais, dans l’ensemble jamais établi mais toujours mis en vie, chacun sa démarche, chacun son corps ; un ensemble fluide qui découvre, simplement et joyeusement, légèrement, vivace, ses possibilités de parcourir, explorer, habiter un espace. Et dont le rythme (qui restent aussi les rythmes) ne collent pas avec mais peuvent exister tout autant avec une litanie (pourtant bien inquiétante, comme sous-tendue de sons destructeurs) que sur des beats et des bits techno. Oh brave new [ou pas forcément new tout autant] world, That has such people in it !

Pourquoi, alors, vient, lorsqu’elle s’éclate en petits groupes et petites scénettes, en duos ou en solitudes singulières se nichant sur le côté d’un plan incliné ou explorant le plateau vide, en gestes et marches (en rythmes, encore) cependant d’abord doux et simples, pourquoi viennent le noir, la violence, la pesanteur, la tension, l’affrontement, le pouvoir, la manipulation, la réification, le viol des beats/bites, l’exploitation… et autres. Pourquoi l’image d’un corps alangui magnifiquement pictural au sommet d’une pente de bois devient-elle amas de corps, entre charnier et partouze — masse informe, indistincte (ou, peut-être, malgré tout — mais… — où irait à la limite de la dissolution la distinction singulière) ?  Pourquoi cet ensemble, pourquoi ces corps, deviennent-ils baiseurs/baisés, niqueurs/niqués, ou autres. Sous masques de visages figés marionnettiques ; sous des soutanes de moines ; avec la vision et le son de pièces de monnaie qui dévalent du haut d’un des plans inclinés ? Avec…

Pourquoi sommes-nous / Parce que nous sommes des corps qui chutent. Tous ceux qui tombent. Des corps qui glissent lentement du haut au bas d’un plan incliné en bois (et, lorsque c’est un corps singulier qu’on voit, c’est aussi beau, et c’est aussi un rythme, un poids de corps dans toute sa beauté).

Alors que, passée cette « période noire » (messe noire, cette violence du monde qui est là, oui, qui est bien vraiment là), farandole refaite, chaînes de différences qui s’entraînent sans s’en-traîner dans les multiples combinaisons de leurs élans singuliers, s’aident, se portent, se soutiennent, s’élancent l’un l’autre et s’ouvrent mutuellement sans cesse des chemins de traverse… là, quelle joie, quels possibles (bien autres que ceux — car ce sont hélas aussi d’autres possibles — évoqués plus haut). Energie partagée/relayée salvatrice de l’humanité de ces corps qui sont, comme tous, et forcément, des corps qui tombent mais alors des corps qui « joiessent », et créent, ouvrent ; qui dansent — ensemble (et non masse), légèreté, mouvement, énergies-ouvertures, lien (et non liens), exploration, élans, soutiens, ententes…

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Bit (photos : Didier Grappe)

Dates de tournée en cliquant ici.

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