Kantor — « Je crois que l’on ne peut pas concevoir le théâtre spécialement pour le spectateur… »

« [D.B. : (…) que vouliez-vous à ce moment-là apporter au spectateur ? Simplement une œuvre d’art informelle, ou était-ce un moyen de lui communiquer quelque chose de particulier ?

T. K. : Vous savez, je ne crois pas que ce soit là le problème.] Quand j’ai réalisé l’œuvre — je ne dis pas l’art mais l’œuvre —, cela conditionne déjà la perception. La perception est une conséquence tout-à-fait rationnelle. Je crois que l’on ne peut pas concevoir le théâtre spécialement pour le spectateur. Je crois que l’on doit faire le théâtre, et que le spectateur est quelque chose de tout simplement naturel. Le créateur doit s’engager personnellement à fond, le spectateur aussi. Si, lorsqu’on travaille au théâtre, on pense d’abord: ‘Il y a le texte ; comment je ferai avec le texte pour informer le spectateur ?’, on commet une erreur grossière. Immédiatement commencent toutes ces opérations qui relèvent pour moi du travail académique : ‘l’application’, la ‘reproduction’ du texte, l’ ‘interprétation’. Je crois que la communication, car il s’agit de communication, notamment entre texte et spectateur, est une conséquence absolue de l’œuvre d’art. On ne peut créer une œuvre d’art qui soit absolument isolée. L’œuvre d’art possède en soi une force d’expansion ; cela suffit, le spectateur vient de lui-même. »


Tadeusz Kantor, entretien avec D. Bablet, « Travail théâtral », hiver 1972, repris dans T. Kantor, Entretiens, Carré, coll. « Arts et esthétique », 1996 (p. 35)

Du temps et de l’air : Pygmalion (Slowdive)

Il y a longtemps que coup fantôme s’était dit qu’il profiterait d’un petit temps d’activité relâchée pour rebloguer le post que David Sanson (blog « What you give is yours, what you retain is lost forever« ) avait publié il y a quelques mois pour rappeler à notre bon souvenir le dernier album de Slowdive, Pygmalion (1995).

Pour cela, il fallait un moment de l’année où le temps se suspendrait un peu, où l’on se sentirait disponible à de grands espaces aérés et répétitifs, où l’on sentirait le besoin que les notes et les arrangements ventilent un peu l’air pour pouvoir s’y glisser — so lazy. C’est le bon moment, là, non ?

Voici donc le lien du post de David Sanson (« Pygmalion, album modèle ») :

http://sansondavid.wordpress.com/2013/04/26/slowdive-pygmalion/

Et comme le lien youtube sur l’intégralité de l’album ne fonctionne plus, en voici un nouveau :

[00:00] 1. Rutti
[10:05] 2. Crazy for You
[16:06] 3. Miranda
[20:56] 4. Trellisaze
[27:17] 5. Cello
[28:59] 6. J’s Heaven
[35:47] 7. Visions of La
[37:34] 8. Blue Skied an’ Clear
[44:29] 9. All of Us

 

En bonus, coup fantôme raconterait bien ses souvenirs, sa surprise et sa stupéfaction la première fois qu’il a posé le disque (successeur tant attendu des ‘shoegazing‘ Just for a day et Souvlaki, et si radicalement différent ; après, Slowdive n’existera plus et Neil Halstead et Rachel Goswell donneront naissance à Mojave 3) dans une platine, et entendu s’ouvrir l’espace ouvert de Rutti, la boucle obsédante de Crazy for you, et ainsi de suite ; mais — so lazy, on vous dit — on préfère vous laisser avec le post de David Sanson.

Et juste rajouter, car il faut bien un bonus quand même, le lien vers le post que kms (« Kill Me Sarah ») avait consacré, dans sa série « Je me souviens », à Rutti, la première chanson de cet album :

http://kmskma.free.fr/?p=4688

Une bonne question…

The Creation, How does it feel to feel (1968, US version) :

(UK version ici)

NB : The Creation, en référence à qui Alan Mc Gee avait nommé son mythique label (Creation) ; label sur lequel Ride avait publié en 1994 une (bonne) reprise de How does it feel to feel, sur leur (catastrophique) 3e album, Carnival of light.

How does it feel when the day is over ? / How does it feel when the dark comes down ? / How does it feel when your room is black as sin ? / How does it feel when you’re scared by the dark ? / How does it feel to feel ? / How does it feel to feel ?
How does it feel when a shadow moves you ? / How does it feel rustled by your bed ? / How does it feel when it finally holds you ? / How does it feel when you’re thinking you’re dead ? / How does it feel to feel ? / How does it feel to feel ?
How does it feel when you wake in the morning ? / How does it feel feeling sun in the shade ? / How does it feel when you slide down a sunbeam ? / How does it feel bursting clouds on your way ? / How does it feel now that the night is over ? /How does it feel never to sleep again ? / How does it feel to feel ?