« Deux espaces virtuels et réels à la fois. L’un est l’utopie de l’autre » : Christiane Jatahy (spectacle et livre)

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« Olga : Comme si nous étions au bord du plongeoir. En bas, l’eau bleue, cristalline et brillante, et derrière nous le passé en rang nous poussant en avant et à la fois retenant le saut… Après ce saut, le long moment en l’air et les minutes qui semblent éternelles…

Parce que changer c’est mourir un peu. Nous ne serons plus jamais les mêmes…

Ceci n’est peut-être pas une pièce. Peut-être pas un film non plus. Ou peut-être les deux à la fois. C’est dans cet “entre-deux”, que nous essaierons de nous réinventer.

Irina : Vous êtes là, regardant ce film en train de se faire, comme si vous étiez le revers de la médaille. Nous sommes deux espaces virtuels et réels à la fois. L’un est l’utopie de l’autre.

Olga : Pour eux, nous sommes le futur mais quand ils nous voient nous sommes déjà le passé. C’est cette ligne ténue, appelée présent, que nous allons essayer de franchir.

… Mais… Qu’est-ce exactement que le “passé”? Ce qui est passé? Parfois, il est plus réel que le présent, qui obtient seulement du poids par la mémoire… »

(E se elam fossem para Moscou ? / Et si elles y allaient, à Moscou ?, extrait du texte du spectacle)

En conjuguant théâtre et cinéma dans E se elam fossem para Moscou ?, en proposant au spectateur d’en voir, successivement, deux versions elles-mêmes simultanées (le film vu est monté en direct à partir des images de la représentation qui se déroule en même temps ; le spectateur voit l’un ou l’autre successivement, il y a deux représentations chaque soir) Christiane Jatahy joue ainsi sur cette frontière perpétuelle qu’est le présent entre le futur et le passé.

« Ceci n’est peut-être pas une pièce. Peut-être pas un film non plus. Ou peut-être les deux à la fois » : entre les deux, alors,

c’est l’espace d’un intervalle, où glisse le temps qui passe (le futur rêvé, le présent espéré, qui deviennent passé), ce temps propre aux pièces de Tchekhov — le spectacle est d’après Les Trois sœurs — qui se fait ici très concrètement sensible dans ce temps intervalaire entre le présent théâtral et le présent passéifié inscrit sur l’écran cinématographique ;

ce sont un avers et un avers qui dialoguent dans leurs visions successives par le spectateur, ouvrant aussi un espace utopique — ou celui de deux utopies en miroir : « Nous sommes deux espaces virtuels et réels à la fois. L’un est l’utopie de l’autre. »

C’est toujours — c’est au cœur du travail de Jatahy — un jeu sur la frontière, l’espace qu’elle ouvre et qu’elle referme (et qu’on ré-ouvre) : frontière du temps, mais aussi entre entre langage théâtral et langage cinématographique, et entre la réalité et la fiction, l’acteur et le personnage.

Et les enjeux ne se limitent bien sûr pas à cela — désir de changement, personnages en transition suspendue, partage et commun… —, portés par les présences de trois comédiennes singulières.

E se elam fossem para Moscou ? / Et si elles y allaient, à Moscou ?, d’après Les Trois sœurs de Tchekhov, mise en scène de Christiane Jatahy, avec Isabel Texeira, Julia Bernat et Stella Rabello, se joue à La Colline – Théâtre National du 1er au 12 mars.

Et les éditions publie.net publient un ouvrage consacré au théâtre de la metteure en scène et réalisatrice brésilienne, qui permet de découvrir ses créations et leurs enjeux : L’Espace du commun. Le théâtre de Christiane Jatahy, par José Da Costa et Christiane Jatahy.

Au sommaire :

« Théâtre et recherche artistique chez Christiane Jatahy », texte de José Da Costa

« Une toile sur le quotidien », entretien entre Christiane Jatahy et José Da Costa

« Ligne ténue entre réalité et fiction », texte de Christiane Jatahy

ainsi que les fiches artistiques des créations de Christiane Jatahy et des photographies des spectacles.

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Du temps et de l’air : Pygmalion (Slowdive)

Il y a longtemps que coup fantôme s’était dit qu’il profiterait d’un petit temps d’activité relâchée pour rebloguer le post que David Sanson (blog « What you give is yours, what you retain is lost forever« ) avait publié il y a quelques mois pour rappeler à notre bon souvenir le dernier album de Slowdive, Pygmalion (1995).

Pour cela, il fallait un moment de l’année où le temps se suspendrait un peu, où l’on se sentirait disponible à de grands espaces aérés et répétitifs, où l’on sentirait le besoin que les notes et les arrangements ventilent un peu l’air pour pouvoir s’y glisser — so lazy. C’est le bon moment, là, non ?

Voici donc le lien du post de David Sanson (« Pygmalion, album modèle ») :

http://sansondavid.wordpress.com/2013/04/26/slowdive-pygmalion/

Et comme le lien youtube sur l’intégralité de l’album ne fonctionne plus, en voici un nouveau :

[00:00] 1. Rutti
[10:05] 2. Crazy for You
[16:06] 3. Miranda
[20:56] 4. Trellisaze
[27:17] 5. Cello
[28:59] 6. J’s Heaven
[35:47] 7. Visions of La
[37:34] 8. Blue Skied an’ Clear
[44:29] 9. All of Us

 

En bonus, coup fantôme raconterait bien ses souvenirs, sa surprise et sa stupéfaction la première fois qu’il a posé le disque (successeur tant attendu des ‘shoegazing‘ Just for a day et Souvlaki, et si radicalement différent ; après, Slowdive n’existera plus et Neil Halstead et Rachel Goswell donneront naissance à Mojave 3) dans une platine, et entendu s’ouvrir l’espace ouvert de Rutti, la boucle obsédante de Crazy for you, et ainsi de suite ; mais — so lazy, on vous dit — on préfère vous laisser avec le post de David Sanson.

Et juste rajouter, car il faut bien un bonus quand même, le lien vers le post que kms (« Kill Me Sarah ») avait consacré, dans sa série « Je me souviens », à Rutti, la première chanson de cet album :

http://kmskma.free.fr/?p=4688