V.nezia

Dogano 1 deux gondoles large

Dogano 2 lune

Dogano 3 reflets eau tache

Dogano 4 grib 1

Dogano 5 edif 1

Dogano 6 grib v1

Dogano 7 grib planlarge

Dogano 8 grib grib

Dogano 9 edif 2

Dogano 10 edif 3

Dogano 11 grib mats

Dogano 12 gondolier

[J. M. W. Turner, The Dogano, San Giorgio, Citella, from the Steps of the Europa (1842) (Londres, Tate Britain) http://www.tate.org.uk/art/artworks/turner-the-dogano-san-giorgio-citella-from-the-steps-of-the-europa-n00372 ]

https://coupfantome.wordpress.com/2013/04/23/waterloo-une-tempete-de-moins/

https://coupfantome.wordpress.com/2013/04/22/dune-autre-tempete/

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Le tour de la lune

(1.) Le train est parti, pour fuir loinloinloinloin, en direction d’une ville du Sud dont le nom claquant (« ’.x ») semble promettre l’oubli qui transformerait tout en passé. Il fait encore jour — et là, pourtant, tu la vois. Elle est là, déjà levée, pile en face de ton regard. Pleine, blanche en plein cœur du jour descendant.

Tour de la lune 1 Cp ftme

Tu veux la prendre, t’en rapprocher pour la fixer — mais tu ne fais en fait que la grossir et la déformer.

Tour de la lune 0 Cp Ftme

L’image se fixe, se range dans l’appareil. L’image immédiatement précédente t’apparaît alors, que tu avais déjà oubliée. Elle ne date pourtant que de quelques heures plus tôt — la nuit d’avant (2.) :

Tour de la lune 2 Cp Ftme

Cette nuit-là, tu as pris cette image lors d’un détour impromptu sur cette colline incongrue (« Bonne nouvelle » !), dont tu as appris à l’occasion qu’en la gravissant tu marchais sur des siècles de gravats accumulés, qui l’avaient petit à petit constituée.

(3.) Et ce détour, tu le sais bien, se souvenait d’un autre détour, quelques temps plus tôt, qui t’avait mené, par un tout autre chemin, de l’autre côté de cette même colline ; où tu étais ce soir-là tombé, à côté d’un échafaudage précaire, sur une façade d’étrange coïncidence — un prénom, une question inachevée, des points de suspension, sans compter les autres mots bien plus incongrus et anodins qui y mêlés. Pas de lune à ce moment-là, mais un peu plus tard, cette même nuit, (3bis) tu envoies des mots et des images, en réponse à d’autres (mots, et mots sur des images [4. ?]) : des histoires de nuit, de lumières qui percent dans la nuit, de regard(s), de prégnance, de disparition et d’apparition (ou plutôt / ou vice-versa : d’apparitions et de disparitions). Et dans tous ces mots-là et ces images-là, une vieille lune réapparaît :

lalunelàlunelalune.

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Tour de la lune nuit 4 Cp ftme

Tour de la lune nuit 6 Cp ftme

Une lune dense qui danse, dis-tu à peu près (mais avec ces termes) — et derrière le jeu de mots tu sais désormais qu’il y avait plus (la profondeur et le mouvement ; la densité et la légèreté : ne jamais perdre ni l’une ni l’autre, l’attrait pour la danse des deux) ; une voix / des images obsédante(s), et pourtant … disappearing when appearing (but still appearing when disappeared, la présence de son empreinte une fois évaporée).

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Le temps de griffonner quelques notes dans le train, de rechercher des traces, de te resouvenir (ce qui n’est pas bien difficile, mais au contraire t’entraîne loin), la nuit s’est mise à vraiment tomber.

Alors tu la filmes, la lune.

 lalunelàlunelalune

D’une certaine manière elle danse, là encore, plus encore ; ou peut-être vaudrait-il mieux dire que tu essayes de la garder en ligne de mire tandis qu’elle essaye sans cesse de s’échapper du cadre, joue à cache-cache, apparaît se voile disparaît réapparait, doublée de son reflet dans la vitre, appears-disappears sans cesse tandis que tu t’efforces de la fixer, dans ton vain mouvement vers ailleurs.

 

Elle est à sa place sur le fond de la nuit. Tu notes : « Je ne sais pas si vraiment elle danse, là ; elle me fixe ? — Non, elle me suit, peut-être, m’accompagne. »

(Et à partir du mouvement fuyant, agité et et désordonné d’un (autre) court film, tu te mets à essayer de saisir et fixer quelques images isolées et distinguables — d’un visage).

En tout cas tu te dis : « Puisqu’elle ne me lâche pas, je ne la lâcherai pas ».

.

.

Deux jours plus tard, dans le soir de cette ville que tu pensais d’ « Ex », A. te fait remarquer la lune au-dessus des toits. C’est pleine lune ce jour. Mais elle est trop loin, ou trop claire, ou trop… — ou tu es trop… ; pour toi infixable. Tu ne voulais pas la fixer, d’ailleurs, sans doute. A. la prend en photo ; lui, d’ailleurs, attend ce moment proche où les jours commenceront à rallonger, où se réinventera et se relancera avec l’hiver le mouvement d’une nouvelle année.

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(0.) Ce soir (cette nuit, dans le vent et les sons qui l’accompagnent), tu es à l’endroit même (à l’Ouest, cette fois-ci) où tu avais pris les photos de lune que tu avais envoyées. Mais elle n’est pas là. On est entre le dernier quartier et la nouvelle lune, elle est invisible. Disappearedwhen appearing ? Tu lèves le regard, la cherches, dans toutes les directions. La nuit n’est pas des plus calmes.

Mais peut-être en est-il de la lune comme du monde selon Kleist (Sur le théâtre de marionnettes) : le paradis se trouvant verrouillé, peut-être nous faut-il faire — à l’infini ? — le tour de la lune et voir si le paradis n’est pas ouvert, peut-être, par derrière.

(Il n’y a) Pas de fuite

 “ Me croire en fuite

C’est comme ça que je fuis encore ”

.

Il n’y a pas de fuite

On trimballe toujours tout son attirail avec soi

Même en allant loinloinloinloinloin

On ne fait que trimballer que soi

Qu’on voudrait se rendre étranger

Ses images des pensées ses questions des bribes de détails sur lesquels on butte bloque ressasse sans cesse repasse

Même toujours encore plus

Pour se retrouver face à face

Sans les remettre plus en place

A plat ou à distance

Elles t’accompagnent

C’est normal puisqu’elles sont tiennes, sont toi

On ne quitte pas on déplace

Même si tu te voudrais étranger

Tu ne t’es pas étranger

Non, tu t’es de moins en moins étranger.

.

Il n’y a pas de fuite

(pfuit-pfuit)

Tout fait suite, signe, écho :

La lune (lalunelàlunelalune)

Un autoportrait au fond d’une salle qui te regarde,

Un buste effilé aux yeux vides, un homme qui chavire,

Le livre avec le marché et les fleurs ;

Les gens hurlent dans la rue, couvrent les cris que tu écoutes en marchant,

Et puis : les mots ah là terrasse à la table d’à côté ;

Avec la tombée les étourneaux qui reviennent et criaillent ;

Et les réveils à 6 heures du mat’ sans se souvenir de ton rêve mais avec juste la certitude de l’écho de ton rêve,

De l’écho physique et mental de ton rêve,

Les réveils sont toujours les mêmes

Rien ne s’oublie ni ne fuit, c’est avec toi, ça se déploie.

.

Il n’y a pas de fuite

Tu en voudrais presque à ceux (précieux) qui te disent Prends soin de toi, te disent Occupe-toi de toi, Pense à toi

Mais tu ne fais que ça !

Mais là toi c’est ça,

C’est toi avec ça, toi + ça, toi par ça,

Toi dont ça,

Toi donc ça,

Toi et ça, toi-ça,

Toi et pas toi

Toi et autre que toi

Alors quand bien même tu le voudrais tu ne peux pas ;

Non, tu ne veux pas,

Rien à faire,

Ça a l’air compliqué mais c’est tout simple vous ne connaissez pas ?

De toute façon ça ne marche pas comme ça

Parce que à ce moment-là toi c’est quoi ?

.

Il n’y a pas de fuite

Rien ne s’écoule tout redéroule

Ça pointe ça point

Plus tu t’éloignes plus tu te rapproches

Plus tu t’éloignes plus ça s’accroche

C’est toi

Ne change rien, s’approfondit, se dépose, creuse, se sédimente.

Avance, comme ça s’était déposé sans même trop que tu te mentes,

Les réveils après l’oubli des rêves sont toujours les mêmes

Il n’y a pas de fuite

Pas de fuite

Pas de pas

Pas de

D’euh

Pas de pas de pas de deux

Pas de – point de fuite

(swooosh – vanished but not vanishing – point)

Drip-drip

Not

Stop

     So

     Back

Faire retour.

.