Re-tombée

Un remake hivernal de ‘La tombée

 

Retombée 1 (coup fantôme)

Retombée 2 (coup fantôme)

Retombée 3 (coup fantôme)

Retombée 4 (coup fantôme)

Retombée 5 (coup fantôme)

Retombée 6 (coup fantôme)

Retombée 7 (coup fantôme)

Retombée 8bis (coup fantôme)

 

 

 

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J’étais retourné les voir ces jours-là, à l’heure la plus avancée, l’hiver commençant, à laquelle s’approchait la tombée du jour. Des jours courts, les jours les plus courts.

Beaucoup de choses tombaient, d’ailleurs.

Autour du chemin goudronné, la surface qui s’étendait devant les yeux était — déjà, d’office — mate : une terre humide, elle aspirait légèrement. Ils étaient là, bien sûr, toujours dressés sur la ligne d’horizon, toujours solitaires, toujours légèrement penchés par des années de vent. Défaits de leur feuillage, devenus traits, ossatures, filaments ; seul l’un d’entre eux avait bizarrement gardé la masse d’une enveloppe touffue ; ils se détachaient sous un ciel gris, uniforme, que traversa un temps l’irruption suspendue d’une petite nuée d’étourneaux.

Je passais à nouveau avec eux ce temps indéfini de la tombée, celle du jour à celle de la nuit, essayant de le saisir ; mais dans ces jours raccourcis, rapides, fugaces, ce n’était plus un temps à guetter ou à passer : c’était entrer dans un temps déjà entamé. La tombée ne faisait que se poursuivre, étrange avancée d’une suspension, dont le début comme la fin n’étaient pas saisissables. Réaliser qu’on était déjà dedans, dans son cours qu’on n’avait pas vu s’initier, alors qu’on pensait en partager la naissance. Elle était déjà là, tout autour, en ces jours courts — c’était leur brièveté même qui étendait, déployait le temps de la tombée. Elle se déposait — temps indéfini, temps infini, jusqu’à la nuit —, bizarre sensation : à la fois plus rapide et plus assourdie — et cet assourdi était sa plus grande étrangeté.

(/La tombée est sourde ; elle ne voit jamais la profondeur qu’elle traverse, elle la découvre, la réalise au fur et à mesure — parce qu’elle dure, et c’est ainsi qu’elle dure. C’est éprouver le poids et le déploiement de ce qui est là — qui s’est constitué, ancré, mais qu’on n’a pas vu se creuser, se déposer ; ou alors à contretemps, sans en saisir la densité ; et qui alors fait retour, se redéploie, se déplie./)

Je les approchais du regard, et c’était alors la même mais une autre tombée.

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Comme si le rythme propre à cet espace en mouvement…

Train CF 1 (941)

Comme si le rythme propre à cet espace en mouvement continu était devenu son rythme naturel : son tempo, son cadre, son corps. Les vibrations étaient devenues imperceptibles car comme incorporées — l’air dans lequel elle se mouvait, l’eau dans lequel elle nageait sans plus sentir qu’elle nageait, ni même qu’elle était dans l’eau. De multiples soubresauts avaient sans doute depuis des temps modelé son dos, son squelette, redisposé ses muscles. Devant un miroir extérieur à cet espace, elle serait sans doute apparue légèrement brouillée, régulièrement déformée, à donner le vertige ou le tournis au miroir ; un tableau de Bacon sans l’expression du cri, juste ramené à un mouvement comme gratté, un continuum où l’explosion se serait perdue, oubliée dans les ondes de sa diffusion, un vibrato permanent, le geste d’une grisaille.

train CF 2 (952)

Elle s’allongea un peu pour faire un peu plus corps avec lui, comme on s’étend dans un bain, pour essayer de sentir dans tout son corps, et non seulement en un point (siège, épaules) d’où il se répandrait, ce milieu dont elle se rendait compte qu’il était désormais le sien ; pour se fondre avec cette lancée tout autant qu’avec ses frottements — car les vibrations n’étaient que la suite de petites résistances qui se rencontraient et s’exerçaient sur ce mouvement de transit ininterrompu.

Elle leva les yeux,

train CF 3 (939)train CF 3bis (940)train CF 4 (942)Train CF 5 (943 - v 2)

vit au-dessus d’elle d’autres visages.

TRain CF 6b (951 - Version 2)Train CF 6d (947 - Version 2)

Train CF 6c (953 - Version 2)Train CF 6a (946 - Version 2)

Le tour de la lune

(1.) Le train est parti, pour fuir loinloinloinloin, en direction d’une ville du Sud dont le nom claquant (« ’.x ») semble promettre l’oubli qui transformerait tout en passé. Il fait encore jour — et là, pourtant, tu la vois. Elle est là, déjà levée, pile en face de ton regard. Pleine, blanche en plein cœur du jour descendant.

Tour de la lune 1 Cp ftme

Tu veux la prendre, t’en rapprocher pour la fixer — mais tu ne fais en fait que la grossir et la déformer.

Tour de la lune 0 Cp Ftme

L’image se fixe, se range dans l’appareil. L’image immédiatement précédente t’apparaît alors, que tu avais déjà oubliée. Elle ne date pourtant que de quelques heures plus tôt — la nuit d’avant (2.) :

Tour de la lune 2 Cp Ftme

Cette nuit-là, tu as pris cette image lors d’un détour impromptu sur cette colline incongrue (« Bonne nouvelle » !), dont tu as appris à l’occasion qu’en la gravissant tu marchais sur des siècles de gravats accumulés, qui l’avaient petit à petit constituée.

(3.) Et ce détour, tu le sais bien, se souvenait d’un autre détour, quelques temps plus tôt, qui t’avait mené, par un tout autre chemin, de l’autre côté de cette même colline ; où tu étais ce soir-là tombé, à côté d’un échafaudage précaire, sur une façade d’étrange coïncidence — un prénom, une question inachevée, des points de suspension, sans compter les autres mots bien plus incongrus et anodins qui y mêlés. Pas de lune à ce moment-là, mais un peu plus tard, cette même nuit, (3bis) tu envoies des mots et des images, en réponse à d’autres (mots, et mots sur des images [4. ?]) : des histoires de nuit, de lumières qui percent dans la nuit, de regard(s), de prégnance, de disparition et d’apparition (ou plutôt / ou vice-versa : d’apparitions et de disparitions). Et dans tous ces mots-là et ces images-là, une vieille lune réapparaît :

lalunelàlunelalune.

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Tour de la lune nuit 4 Cp ftme

Tour de la lune nuit 6 Cp ftme

Une lune dense qui danse, dis-tu à peu près (mais avec ces termes) — et derrière le jeu de mots tu sais désormais qu’il y avait plus (la profondeur et le mouvement ; la densité et la légèreté : ne jamais perdre ni l’une ni l’autre, l’attrait pour la danse des deux) ; une voix / des images obsédante(s), et pourtant … disappearing when appearing (but still appearing when disappeared, la présence de son empreinte une fois évaporée).

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Le temps de griffonner quelques notes dans le train, de rechercher des traces, de te resouvenir (ce qui n’est pas bien difficile, mais au contraire t’entraîne loin), la nuit s’est mise à vraiment tomber.

Alors tu la filmes, la lune.

 lalunelàlunelalune

D’une certaine manière elle danse, là encore, plus encore ; ou peut-être vaudrait-il mieux dire que tu essayes de la garder en ligne de mire tandis qu’elle essaye sans cesse de s’échapper du cadre, joue à cache-cache, apparaît se voile disparaît réapparait, doublée de son reflet dans la vitre, appears-disappears sans cesse tandis que tu t’efforces de la fixer, dans ton vain mouvement vers ailleurs.

 

Elle est à sa place sur le fond de la nuit. Tu notes : « Je ne sais pas si vraiment elle danse, là ; elle me fixe ? — Non, elle me suit, peut-être, m’accompagne. »

(Et à partir du mouvement fuyant, agité et et désordonné d’un (autre) court film, tu te mets à essayer de saisir et fixer quelques images isolées et distinguables — d’un visage).

En tout cas tu te dis : « Puisqu’elle ne me lâche pas, je ne la lâcherai pas ».

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Deux jours plus tard, dans le soir de cette ville que tu pensais d’ « Ex », A. te fait remarquer la lune au-dessus des toits. C’est pleine lune ce jour. Mais elle est trop loin, ou trop claire, ou trop… — ou tu es trop… ; pour toi infixable. Tu ne voulais pas la fixer, d’ailleurs, sans doute. A. la prend en photo ; lui, d’ailleurs, attend ce moment proche où les jours commenceront à rallonger, où se réinventera et se relancera avec l’hiver le mouvement d’une nouvelle année.

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(0.) Ce soir (cette nuit, dans le vent et les sons qui l’accompagnent), tu es à l’endroit même (à l’Ouest, cette fois-ci) où tu avais pris les photos de lune que tu avais envoyées. Mais elle n’est pas là. On est entre le dernier quartier et la nouvelle lune, elle est invisible. Disappearedwhen appearing ? Tu lèves le regard, la cherches, dans toutes les directions. La nuit n’est pas des plus calmes.

Mais peut-être en est-il de la lune comme du monde selon Kleist (Sur le théâtre de marionnettes) : le paradis se trouvant verrouillé, peut-être nous faut-il faire — à l’infini ? — le tour de la lune et voir si le paradis n’est pas ouvert, peut-être, par derrière.

Lumières de fêtes (se consument, se consument)

(Il fut un temps, pas si lointain, où Chat-M’ [aka M’Cat], qui allait bientôt devenir un des membres de la tendance « Murr » de la revue à laquelle participèrent certains des membres de coup fantôme avant de fonder ce blog [vous suivez ?], avait l’habitude d’envoyer de telles images en guise de carte de vœux. Evidemment, il ne se fit pas alors que des amis, on se demande pourquoi. Vous pouvez à votre tour essayer de faire de même, si vous le souhaitez.)

Bougies 0

Bougies 1

Bougies 2

Bougies 3

Bougies 4

Bougies 5

Bougies 6

Bougies 7

Bougies 8

Saul Leiter (3.12.1923 – 26.11.2013)

Références, liens :

un autre beau choix de photos de Leiter sur leclownlyrique.wordpress.com (juré ! nous ne le connaissons pas, et ce n’est pas en cherchant « clown » que nous sommes tombés dessus, nous n’avons donc pas renié notre promesse.)

Galerie Camera Obscura

aux éditions Steidl :

Saul Leiter, 2008, publié à l’occasion de l’exposition consacrée à Leiter à la Fondation Henri Cartier-Bresson

Saul Leiter, Early color

Saul Leiter, Early black and white

Photopoche n° 113 : Saul Leiter