Langues (langue diurne, langue nocturne, …)

« Je suis à la recherche d’une langue. Les hommes ont beaucoup de langues : celle dans laquelle on parle aux enfants, celle dans laquelle on parle d’amour… Et puis la langue dans laquelle nous nous parlons à nous-mêmes, celle dans laquelle nous nous tenons des conversations à nous-mêmes. Dans la rue, au travail, en voyage — partout, on entend autre chose, ce ne sont pas seulement les mots qui changent, c’est aussi quelque chose d’autre. Même le matin et le soir, un homme ne parle pas la même langue. Quant à ce qui se passe la nuit entre deux personnes, cela disparaît complètement de l’histoire. Nous avons affaire uniquement à l’histoire des hommes diurnes. Le suicide, c’est un thème nocturne, l’homme se trouve à la frontière de l’être et du néant. D’un état de rêve. »

Svetlana Alexievitch, La fin de l’homme rouge,

trad. S. Benech, Actes Sud, 2013, p. 23

cité dans le programme de Pulvérisés (d’Alexandra Badea, mise en scène Aurélia Guillet et Jacques Nichet, Théâtre National de Strasbourg, février 2014)

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Théâtre, rêve, rien (Lupa, Persona Marilyn)

« ANDRÉ : J’ai rêvé d’hirondelles cette nuit. Elles sont entrées dans ma chambre. Elles étaient nues, sans leurs fracs. Elles se sont posées sur le lit, et elles n’avaient pas peur. Ce n’est que l’éclair du flash qui les a effarouchées et elles se sont enfuies.

Il regarde le public.

MARILYN : André, tu regardes là-bas ?

ANDRÉ : On aurait dit des gens… un public… Ils sont assis et nous regardent…

MARILYN : Tu n’es qu’un rêveur. Encore plus que moi…

Tu me dis donc qu’il y a des gens assis là-bas ?

ANDRÉ : Oui, des gens, et ils sont assis… comme au théâtre ou à l’église… Non, pas comme à l’église… Les gradins… un amphithéâtre… Je crois qu’on est en train de jouer pour eux.

MARILYN : À t’entendre tout paraît clair et pourtant ce n’est qu’illusion…

J’aimerais être nue devant eux… anonyme… Juste être, et qu’ils n’exigent rien de plus.

Pour qu’ils n’en aient pas honte… André, on s’enfonce dans le n’importe quoi ?…

ANDRÉ : (continuant à regarder le public) : Ils exigent de nous des faits… (Il rit.) un truc intéressant. Sauf que nous, nous n’avons rien. Nous sommes… Et nous sommes juste des êtres sans forme, des sacs avec une certaine existence… Alors, nous nous efforçons, nous nous efforçons… Nous commençons à avoir peur. »

Krystian LUPA, Persona. Marilyn

(trad. A. Zgieb)

Lupa:Marilyn avec André

Marilyn/Sandra Korzeniak, André De Dienes / Piotr Skiba

Auguri : Roma (uno sguardo può…) [film]

Excellente nouvelle année

Auguri - cp ftme

(photogramme extrait de : )

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Roma (uno sguardo può…)

[v1 – trailer ; 7’33 ; HD] :

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sensunik cp ftme

(Il n’y a) Pas de fuite

 “ Me croire en fuite

C’est comme ça que je fuis encore ”

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Il n’y a pas de fuite

On trimballe toujours tout son attirail avec soi

Même en allant loinloinloinloinloin

On ne fait que trimballer que soi

Qu’on voudrait se rendre étranger

Ses images des pensées ses questions des bribes de détails sur lesquels on butte bloque ressasse sans cesse repasse

Même toujours encore plus

Pour se retrouver face à face

Sans les remettre plus en place

A plat ou à distance

Elles t’accompagnent

C’est normal puisqu’elles sont tiennes, sont toi

On ne quitte pas on déplace

Même si tu te voudrais étranger

Tu ne t’es pas étranger

Non, tu t’es de moins en moins étranger.

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Il n’y a pas de fuite

(pfuit-pfuit)

Tout fait suite, signe, écho :

La lune (lalunelàlunelalune)

Un autoportrait au fond d’une salle qui te regarde,

Un buste effilé aux yeux vides, un homme qui chavire,

Le livre avec le marché et les fleurs ;

Les gens hurlent dans la rue, couvrent les cris que tu écoutes en marchant,

Et puis : les mots ah là terrasse à la table d’à côté ;

Avec la tombée les étourneaux qui reviennent et criaillent ;

Et les réveils à 6 heures du mat’ sans se souvenir de ton rêve mais avec juste la certitude de l’écho de ton rêve,

De l’écho physique et mental de ton rêve,

Les réveils sont toujours les mêmes

Rien ne s’oublie ni ne fuit, c’est avec toi, ça se déploie.

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Il n’y a pas de fuite

Tu en voudrais presque à ceux (précieux) qui te disent Prends soin de toi, te disent Occupe-toi de toi, Pense à toi

Mais tu ne fais que ça !

Mais là toi c’est ça,

C’est toi avec ça, toi + ça, toi par ça,

Toi dont ça,

Toi donc ça,

Toi et ça, toi-ça,

Toi et pas toi

Toi et autre que toi

Alors quand bien même tu le voudrais tu ne peux pas ;

Non, tu ne veux pas,

Rien à faire,

Ça a l’air compliqué mais c’est tout simple vous ne connaissez pas ?

De toute façon ça ne marche pas comme ça

Parce que à ce moment-là toi c’est quoi ?

.

Il n’y a pas de fuite

Rien ne s’écoule tout redéroule

Ça pointe ça point

Plus tu t’éloignes plus tu te rapproches

Plus tu t’éloignes plus ça s’accroche

C’est toi

Ne change rien, s’approfondit, se dépose, creuse, se sédimente.

Avance, comme ça s’était déposé sans même trop que tu te mentes,

Les réveils après l’oubli des rêves sont toujours les mêmes

Il n’y a pas de fuite

Pas de fuite

Pas de pas

Pas de

D’euh

Pas de pas de pas de deux

Pas de – point de fuite

(swooosh – vanished but not vanishing – point)

Drip-drip

Not

Stop

     So

     Back

Faire retour.

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