« Regardez… » : Passim (Théâtre du Radeau / François Tanguy) — notre musique

Théâtre du Radeau, Passim, mise en scène et scénographie de François Tanguy

au Théâtre de Gennevilliers (dans le cadre du Festival d’Automne à Paris) du 26 septembre au 18 octobre. [Republication du post sur le spectacle du 8 décembre ’13]

 

m_675_320_passim_025

 

Elle (Laurence Chable) entre, elle s’avance ; elle est devant un cadre, devant ou dans le miroir, selon d’où on la voit (et on peut la voir de différents endroits même si l’on reste assis au même) ; et commence :

 » Regardez. Là-bas, au raz de la crête… ne dirait-on pas une tête qui apparaît… une tête casquée. Oui — un casque empanaché…, et la nuque — une nuque de taureau. Les épaules, tenez… les bras… l’épaulière qui scintille… (…) les quatre bêtes. Il n’y a que les pieds que la crête cache encore. Maintenant il est sorti tout entière de l’horizon, le quadrige. Comme le soleil d’un matin de printemps. ah ! c’est qu’il les mène rondement ; et avec le fouet, comme il y va. On dirait qu’elles tire le char par la vapeur de leurs naseaux. Le cerf devant la meute ne vole pas plus vite. Les roues du char sont deux disques pleins ; le regard s’y brise. Mais là, derrière lui, quoi ? Au ras de la crête… De la poussière… Des tourbillons de poussière… une nuée d’orage. Un éclair. Penthésilée. La Reine. Dans la foulée du Pélide. Et toute sa troupe d’Amazones. La Mégère. La Furie. Regardez-là se coller à lui, la joue contre la crinière…, et boire d’une bouche goulue l’air qui la freine. Elle vole comme si un arc l’avait décochée.

(…)

Par terre. Tout de leur long. Tout est fondu comme un feu de forge: cavales, cavalières, tout est mêlé. Plus rien qu’un nuage de poussière, avec des éclairs d’armes et de cuirasses. L’œil le plus perçant n’y verrait goutte. Un nœud, un tortillon de chevaux et de femmes… Les chaos d’avant notre vieux monde était moins embrouillé. Pourtant… une risée de vent. On commence à voir plus clair. L’une d’elles se relève. Ah mais, le nœud se débrouille lentement. Quel grouillement autour des casques et des lances… »   (Kleist, Penthésilée, trad. Julien Gracq).

Regardez (et écoutez). Des corps qui s’élancent, s’appuient sur des tables, s’y lancent, se tiennent en équilibre précaire, se portent. Des solitudes même si elles peuvent être sous le regard de plusieurs, des mouvements collectifs, donc convergents et divergents. Des tragédies en théâtre de foire, des séquences burlesques ou grotesques où  percent les mythes désaffectés (et cela veut aussi dire relancés, relançables, réappropriables), les tragédies de l’Histoire, comme les nôtres plus petites — ce sont les mêmes affects, les mêmes forces qui les meuvent.

Regardez (y compris en écoutant). Les héros sont fatigués. Hercule (Muriel Hélary) énumérant ses travaux anciens, voix un peu rauque, sous les regard de militaires en manteaux du siècle dernier. Puis sous celui d’un seul. Folie de cette femme (qui se trouve être Penthésilée, mais peu importe) après le combat. « Malheureux le peuple qui a besoin de héros » (Brecht). Malheureux peut-être aussi le héros qui n’a plus de peuple, d’ailleurs. Vieux mythes dépouillés de la grandeur de leur héroïsme, abandonnés — mais alors qu’est-ce qu’on en fait ? Couronnes de carton, robes et parades de bal d’un monde qui a passé mais semble ne pas le savoir encore. Le bicorne de Napoléon en cavalcade sur les épaules de quatre porteurs — ah ! l’Esprit de l’Histoire en marche à Iéna, tu repasseras. L’Histoire, notre Histoire, ce grand siècle (oui, le « précédent », ce long siècle précédent, dont quelques voix enregistrées émergent par moments) de chaos, de destruction et de violences qui est encore le nôtre, puisque nous en sommes bel et bien toujours pris dans son « héritage ».

Regardez (c’est-à-dire regardez-écoutez, percevez, reconnaissez mais pour ne surtout pas « reconnaître ») : ce vieux roi (Lear) (Patrick Condé) qui partage son royaume entre ses trois filles, dont la voix se mue par moments en chant-plainte, avant de basculer dans la fureur la plus rageuse pour en maudire et déshériter une.

m_675_320_passim_012

Regardez cette sorte de Don Quichotte (Jean Rochereau) perdu sur son cheval de carton et de tissu, couverture dorée et jarretière rouge, qui monologue en espagnol (et ce n’est bien sûr pas Don Quichotte, mais La Vie est un songe : « Hipogrifo violento, que corriste parejas con el viento… ¿ Donde, rayo sin llama, al confuso laberinto desas desnudas penas te desbocas, te arrastras y despenas ?… », mais là encore peu importe). Ce chevalier en déshérence sur son faux cheval et sous son grand chapeau, ou simplement cet homme en solitude ; en attente dans ou de sa quête — mais qui pourra continuer à parler, voix droite, le visage renfermé dans un énorme casque-tube en carton.

m_675_320_passim_037

Ecoutez ce que doivent (devaient) en penser les animaux du zoo de Berlin à la fin de la seconde guerre mondiale.

Regardez (mais n’espérez pas contempler, vous ne le pourrez pas, le mouvement est partout, pas de possibilité de sidération, et ce serait trop facile ; et ne cherchez pas le discours, le propos, la solution — c’est à nous de résonner [et non de raisonner], de faire écho, de se saisir,de ressaisir).

Comme toujours avec le Radeau, ça échappe, mais tout se joue et s’imprime dans l’ouverture que cette échappée même suscite. Arracher les images du réel à ce qu’elles ont d’assigné, les remettre en jeu — le mouvement du sensible —, comme des matières. Tout fonctionne alors , au fil de la succession des séquences et de leurs cadrages mouvants, par échos et récurrences, qui s’ils produisent des résonances de motifs le font à chaque fois selon de tout autres mouvements, rythmes et trajectoires. Rien ne se fige, tout s’enchaîne en se dissociant, s’associe en se diffractant. « Passim » : disséminé ça et là, en divers endroits, à la suite.)

Ecoutez (et regardez) ces brouhahas, d’où émergent des bribes des déclamations paisibles et des loghorrées virulentes. Le son des voix et des corps mêlés alors même qu’ils regardent chacun vers leur horizon, ou qu’ils luttent les uns avec les autres. Ces hommes et ces femmes face à face, éternelle rengaine. Ces corps qui s’élancent les uns contre les autres, se séduisent, s’attirent, se rejettent, forment mêlées confuses qui rejettent par moments l’un d’entre eux, comme par une brusque marée, sur une table au tout devant de la scène, visage (Karine Pierre, e. a.) surgi pris par l’intensité d’un irrépressible pour profèrer des mots incompréhensibles hors du flux impétueux de sa parole. Les équilibres précaires, les déséquilibres, les élans, les lancées, les chocs, les disputes, les regards d’humanité. Ce sont nos affects, nos lancées et nos stases, nos trébuchements, nos tensions, nos impulsions, nos attentes, nos douceurs, nos violences.

m_675_320_passim_019

passim 91292696

Eh oui.

Ce sont des figures de théâtre.

Mais/Et ce sont notre Histoire, nos humanités, nos affects, les mouvements que nous initions et dans lesquels nous sommes pris ; notre musique.

 

540x356_the_a_treduradeau_c_franc_oistanguy2-51221

PASSIM

Conception, mise en scène et élaboration sonore François Tanguy, Éric Goudard
Lumières François Tanguy, François Fauvel
Avec  Laurence Chable, Patrick Condé, Fosco Corliano, Muriel Hélary, Vincent Joly, Carole Paimpol, Karine Pierre, Jean Rochereau et la participation d’Anne Baudoux
Régie générale François Fauvel
Régie lumière François Fauvel, Julienne Havlicek Rochereau
Régie son Éric Goudard
Construction, décor François Fauvel, Vincent Joly, François Tanguy, Julienne Havlicek Rochereau, l’équipe du Radeau
Administration, intendance  Pascal Bence, Leila Djedid, Franck Lejuste, Martine Minette, Nathalie Quentin, Sonny Zouania et l’accompagnement de Claudie Douet.

La Fonderie : jeu 05.12 – 20:00, ven 06.12 – 20:00, sam 07.12 – 17:00, mar 10.12 – 20:00, mer 11.12 – 18:30, jeu 12.12 – 20:00, ven 13.12 – 20:00, sam 14.12 – 17:00

puis : 14 au 17 janvier 2014, Le Grand R Scène Nationale La Roche-sur-Yon ; 22 au 30 janvier 2014 à Nantes (LU, le lieu Unique avec Le Grand T -Théâtre de Loire-Atlantique)

Publicités

Sur les cendres du monde… (la liberté intérieure) — Marc François / Pompée-Cinna

Hier ont commencé les représentations de Cinna, de Corneille, dans une mise en scène de Noël Casale, à l’Echangeur à Bagnolet. Aucun membre du collectif n’a  encore vu le spectacle ; mais, Noël Casale ayant été acteur pour Marc François, s’est ravivé le souvenir du diptyque La Mort de Pompée / Cinna qu’avait mis en scène, il y a une vingtaine d’années (1994) Marc François, suicidé il y a plus de 7 ans déjà. Images d’éclairages au gaz, de traversées de chariot, d’un monologue initial d’Emilie (Valérie Schwarcz) à la lisière des larmes… En écho, en souvenir, pour maintenant encore, les textes de programme de ce diptyque :

.

Nous avons travaillé sans lumières électriques, comme un endroit de catastrophe, un endroit humilié, comme le sont ces personnages. La Mort de Pompée est une mise en cendres du monde ainsi qu’une mutilation mentale de tous les êtres. Toutes ces bougies, ces lampes à gaz dans un air vicié, gazeux, dans une poudrière demandent aux acteurs une sensibilité particulière non seulement de ce qu’ils disent mais de leur lumière fragile découvrant des zones obscures, tremblantes, révélant des ombres fuyantes. Ainsi l’innommable s’entendait, résonnait en eux et autour d’eux. Cinna se construisait sur ces cendres et là, impossibilité de continuer avec ces sortes de lumière. L’électricité est arrivée, implacable, immuable, au-dessus d’un gril. Tous ces enfants des protagonistes de La Mort de Pompée, animés par le désir de suicide (pas pour mourir mais pour vivre enfin !) dans un monde en paix, ressemblaient aux jeunes de notre époque. La calme lumière, ils ne la voyaient pas, la subissaient, dépossédés de l’action de la mettre en chemin. Mais à quel point ils sont beaux, à quel point ils vont mourir, à quel point ils sont libres, libres aussi de remettre le monde au monde, dans la gloire et la douleur de leur sacrifice, et ainsi plus encore risquer tous les périls, à s’en évanouir, à s’y dissoudre, à n’être plus qu’un gouffre pour que la liberté intérieure jaillisse d’un trait, incongrue, incongrue, sous l’effet de la grâce. Ils ne mourront pas, il y a miracle : la mort est blessée à mort.

Marc François

 [texte du programme des représentations (reprise) de La mort de Pompée, Cinna au Théâtre de la cité internationale, novembre-décembre 1994]

.

Ce qui est dit n’est pas ce qu’on entend

II ne s’agit pas en un spectacle de mettre en scène toute La Mort de Pompée puis tout Cinna. Nous essaierons de les accoler, d’en dégager comme une nouvelle pièce.

Les êtres ne disent pas ce qu’ils sentent. La passion est innommable. Tenter de la nommer est un leurre, un rétrécissement qui finirait par occulter ce qu’il y a d’humain en eux. Ils n’en parlent pas mais ils chantent. Ça tremble entre l’être et le paraître. D’autres raisons que la raison jaillissent dans l’inouï, l’invisible. Ils seront toujours insatisfaits. L’œil ne se satisfera jamais de voir, ni l’oreille d’entendre. Ainsi, ils sont hommes au monde. Et il n’est pas vrai que ce sont des surhommes. L’émotion si elle éclate, est toujours incongrue, visible mais sans voix. Après «je t’aime», «j’aime», «je suis», il n’y a pas plus. On croirait à des trous, à des manques, injustement.

Les êtres de La Mort de Pompée sont déjà humiliés définitivement. Physiquement et moralement. Ils ne peuvent se dresser que sur des cendres. Ainsi tout brûle. Mais leur gigantisme est éphémère car ils brûlent à leur tour dans le même mouvement. Toute une mémoire est anéantie et l’on peut penser à l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie.

Leurs enfants, les protagonistes de Cinna, ont leurs pieds posés sur ce carnage. Tout est reconstruction. Pour eux, aucune humiliation physique. Pourtant ils se remémorent les douleurs anciennes. Ils veulent éprouver eux aussi le gigantisme éphémère. Une odeur de sainteté malgré leur putanisme. Peut-être grâce à lui. Ils courent ainsi tous au suicide, Ils refusent d’exercer le pouvoir, aussi ils refusent d’exercer la passion. Seul moyen pour que les deux s’exercent à leur insu et saccroissent démesurément. Ils ne savent plus le vrai du faux, si ce qu’ils pensent est vraiment à eux, si leur corps même est à eux. « Toujours ils s’aperçoivent du «je est un autre».

Tout ce labeur qui commence pendant La Mort de Pompée et se poursuit dans Cinna en deux phases pourtant distinctes mènera ces nouveaux êtres au recouvrement subit de leur liberté intérieure et lorsqu’elle se découvrira, une joie trop énorme réunira et emportera ces hommes et ces femmes. Trop énorme peut-être pour nous, public.

Marc François

[Texte publié (en version raccourcie) dans le programme de la création au Théâtre National de Bretagne, 1994.]

« Regardez… » : Passim (Théâtre du Radeau / François Tanguy) — notre musique

Théâtre du Radeau, Passim, mise en scène et scénographie de François Tanguy

à la Fonderie au Mans jusqu’au 14 décembre. Réservations : l’espal.

 

m_675_320_passim_025

 

Elle (Laurence Chable) entre, elle s’avance ; elle est devant un cadre, devant ou dans le miroir, selon d’où on la voit (et on peut la voir de différents endroits même si l’on reste assis au même) ; et commence :

 » Regardez. Là-bas, au raz de la crête… ne dirait-on pas une tête qui apparaît… une tête casquée. Oui — un casque empanaché…, et la nuque — une nuque de taureau. Les épaules, tenez… les bras… l’épaulière qui scintille… (…) les quatre bêtes. Il n’y a que les pieds que la crête cache encore. Maintenant il est sorti tout entière de l’horizon, le quadrige. Comme le soleil d’un matin de printemps. ah ! c’est qu’il les mène rondement ; et avec le fouet, comme il y va. On dirait qu’elles tire le char par la vapeur de leurs naseaux. Le cerf devant la meute ne vole pas plus vite. Les roues du char sont deux disques pleins ; le regard s’y brise. Mais là, derrière lui, quoi ? Au ras de la crête… De la poussière… Des tourbillons de poussière… une nuée d’orage. Un éclair. Penthésilée. La Reine. Dans la foulée du Pélide. Et toute sa troupe d’Amazones. La Mégère. La Furie. Regardez-là se coller à lui, la joue contre la crinière…, et boire d’une bouche goulue l’air qui la freine. Elle vole comme si un arc l’avait décochée.

(…)

Par terre. Tout de leur long. Tout est fondu comme un feu de forge: cavales, cavalières, tout est mêlé. Plus rien qu’un nuage de poussière, avec des éclairs d’armes et de cuirasses. L’œil le plus perçant n’y verrait goutte. Un nœud, un tortillon de chevaux et de femmes… Les chaos d’avant notre vieux monde était moins embrouillé. Pourtant… une risée de vent. On commence à voir plus clair. L’une d’elles se relève. Ah mais, le nœud se débrouille lentement. Quel grouillement autour des casques et des lances… »   (Kleist, Penthésilée, trad. Julien Gracq).

Regardez (et écoutez). Des corps qui s’élancent, s’appuient sur des tables, s’y lancent, se tiennent en équilibre précaire, se portent. Des solitudes même si elles peuvent être sous le regard de plusieurs, des mouvements collectifs, donc convergents et divergents. Des tragédies en théâtre de foire, des séquences burlesques ou grotesques où  percent les mythes désaffectés (et cela veut aussi dire relancés, relançables, réappropriables), les tragédies de l’Histoire, comme les nôtres plus petites — ce sont les mêmes affects, les mêmes forces qui les meuvent.

Regardez (y compris en écoutant). Les héros sont fatigués. Hercule (Muriel Hélary) énumérant ses travaux anciens, voix un peu rauque, sous les regard de militaires en manteaux du siècle dernier. Puis sous celui d’un seul. Folie de cette femme (qui se trouve être Penthésilée, mais peu importe) après le combat. « Malheureux le peuple qui a besoin de héros » (Brecht). Malheureux peut-être aussi le héros qui n’a plus de peuple, d’ailleurs. Vieux mythes dépouillés de la grandeur de leur héroïsme, abandonnés — mais alors qu’est-ce qu’on en fait ? Couronnes de carton, robes et parades de bal d’un monde qui a passé mais semble ne pas le savoir encore. Le bicorne de Napoléon en cavalcade sur les épaules de quatre porteurs — ah ! l’Esprit de l’Histoire en marche à Iéna, tu repasseras. L’Histoire, notre Histoire, ce grand siècle (oui, le « précédent », ce long siècle précédent, dont quelques voix enregistrées émergent par moments) de chaos, de destruction et de violences qui est encore le nôtre, puisque nous en sommes bel et bien toujours pris dans son « héritage ».

Regardez (c’est-à-dire regardez-écoutez, percevez, reconnaissez mais pour ne surtout pas « reconnaître ») : ce vieux roi (Lear) (Patrick Condé) qui partage son royaume entre ses trois filles, dont la voix se mue par moments en chant-plainte, avant de basculer dans la fureur la plus rageuse pour en maudire et déshériter une.

m_675_320_passim_012

Regardez cette sorte de Don Quichotte (Jean Rochereau) perdu sur son cheval de carton et de tissu, couverture dorée et jarretière rouge, qui monologue en espagnol (et ce n’est bien sûr pas Don Quichotte, mais La Vie est un songe : « Hipogrifo violento, que corriste parejas con el viento… ¿ Donde, rayo sin llama, al confuso laberinto desas desnudas penas te desbocas, te arrastras y despenas ?… », mais là encore peu importe). Ce chevalier en déshérence sur son faux cheval et sous son grand chapeau, ou simplement cet homme en solitude ; en attente dans ou de sa quête — mais qui pourra continuer à parler, voix droite, le visage renfermé dans un énorme casque-tube en carton.

m_675_320_passim_037

Ecoutez ce que doivent (devaient) en penser les animaux du zoo de Berlin à la fin de la seconde guerre mondiale.

Regardez (mais n’espérez pas contempler, vous ne le pourrez pas, le mouvement est partout, pas de possibilité de sidération, et ce serait trop facile ; et ne cherchez pas le discours, le propos, la solution — c’est à nous de résonner [et non de raisonner], de faire écho, de se saisir,de ressaisir).

Comme toujours avec le Radeau, ça échappe, mais tout se joue et s’imprime dans l’ouverture que cette échappée même suscite. Arracher les images du réel à ce qu’elles ont d’assigné, les remettre en jeu — le mouvement du sensible —, comme des matières. Tout fonctionne alors , au fil de la succession des séquences et de leurs cadrages mouvants, par échos et récurrences, qui s’ils produisent des résonances de motifs le font à chaque fois selon de tout autres mouvements, rythmes et trajectoires. Rien ne se fige, tout s’enchaîne en se dissociant, s’associe en se diffractant. « Passim » : disséminé ça et là, en divers endroits, à la suite.)

Ecoutez (et regardez) ces brouhahas, d’où émergent des bribes des déclamations paisibles et des loghorrées virulentes. Le son des voix et des corps mêlés alors même qu’ils regardent chacun vers leur horizon, ou qu’ils luttent les uns avec les autres. Ces hommes et ces femmes face à face, éternelle rengaine. Ces corps qui s’élancent les uns contre les autres, se séduisent, s’attirent, se rejettent, forment mêlées confuses qui rejettent par moments l’un d’entre eux, comme par une brusque marée, sur une table au tout devant de la scène, visage (Karine Pierre, e. a.) surgi pris par l’intensité d’un irrépressible pour profèrer des mots incompréhensibles hors du flux impétueux de sa parole. Les équilibres précaires, les déséquilibres, les élans, les lancées, les chocs, les disputes, les regards d’humanité. Ce sont nos affects, nos lancées et nos stases, nos trébuchements, nos tensions, nos impulsions, nos attentes, nos douceurs, nos violences.

m_675_320_passim_019

passim 91292696

Eh oui.

Ce sont des figures de théâtre.

Mais/Et ce sont notre Histoire, nos humanités, nos affects, les mouvements que nous initions et dans lesquels nous sommes pris ; notre musique.

 

540x356_the_a_treduradeau_c_franc_oistanguy2-51221

PASSIM

Conception, mise en scène et élaboration sonore François Tanguy, Éric Goudard
Lumières François Tanguy, François Fauvel
Avec  Laurence Chable, Patrick Condé, Fosco Corliano, Muriel Hélary, Vincent Joly, Carole Paimpol, Karine Pierre, Jean Rochereau et la participation d’Anne Baudoux
Régie générale François Fauvel
Régie lumière François Fauvel, Julienne Havlicek Rochereau
Régie son Éric Goudard
Construction, décor François Fauvel, Vincent Joly, François Tanguy, Julienne Havlicek Rochereau, l’équipe du Radeau
Administration, intendance  Pascal Bence, Leila Djedid, Franck Lejuste, Martine Minette, Nathalie Quentin, Sonny Zouania et l’accompagnement de Claudie Douet.

La Fonderie : jeu 05.12 – 20:00, ven 06.12 – 20:00, sam 07.12 – 17:00, mar 10.12 – 20:00, mer 11.12 – 18:30, jeu 12.12 – 20:00, ven 13.12 – 20:00, sam 14.12 – 17:00

puis : 14 au 17 janvier 2014, Le Grand R Scène Nationale La Roche-sur-Yon ; 22 au 30 janvier 2014 à Nantes (LU, le lieu Unique avec Le Grand T -Théâtre de Loire-Atlantique)