Apartments + Tarkovski (She sings to forget you / Solaris)

« David McClymont, who played bass in Orange Juice, took this timeless scene from Tarkovsky’s “Solaris” and placed an Apartments song [« She Sings to forget you », NDCF] beneath it. Seems perfect setting to me, for the depths of night in some wintry place where snowfall is just around the corner. »

Peter Milton Walsh (The Apartments)

[« She sings to forget you » (P. M. Walsh), in The Apartments, A Life Full of Farewell, 1995 ; Solaris, un film d’Andrei Tarkovski, 1972 ; & P. Brueghel…]

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Pulvérisés (A. Badea / A. Guillet & J. Nichet)

Pulvérisés

d’Alexandra Badea, mise en scène d’Aurélia Guillet et Jacques Nichet

Théâtre de la Commune CDN, Aubervilliers, du 19 mars au 5 avril
(Photo Franck Beloncle)

(Photo Franck Beloncle)

Deux acteurs — un homme, une femme (Stéphane Facco, Agathe Molière, denses et remarquables) ; quatre personnages — deux hommes, deux femmes, de Dakar, Bucarest, Shanghai, Lyon —, quatre photos qui se forment et s’installent pour leur donner un visage sur les deux vastes écrans qui constituent la scénographie du spectacle : quatre personnages dont les deux acteurs se font alternativement les voix — voix elles-mêmes traversées par, ou dialoguant avec, d’autres voix, et sons. Voix intérieures et extérieures à la fois, corps et voix intimes même si déjà légèrement décollés, étrangéifiés par l’usage du micro HF, à la fois comme absorbés par l’ombre et s’en détachant dans un subtil travail de lumière où le contre-jour domine et qui fait de l’espace dans lequel se trouvent les corps parlant à la fois un espace de disparition et un espace mental, pris entre conscience et inconscience. Sous les regards vivaces des images fixes, suspendues en plein mouvement et en pleine vie, qui leur donnent identité et singularité — en regard de ces regards —, Stéphane Facco et Agathe Molière incarnent ce processus d’étrangeté à soi-même que l’on nomme aliénation. Et nous, spectateurs, nous y trouvons véritablement confrontés — dans le même va-et-vient entre distance et pénétration, non pas dans le confort d’un surplomb en fin de compte indifférent mais face au processus même de destruction du sujet que peut produire le travail et sa division mondialisée : dans l’interpellation active que constitue le fait d’être à la fois devant et dedans l’enjeu humain d’une telle aliénation à l’œuvre. Toute la réussite et la force du dispositif, de la mise en scène et de la direction d’acteurs de Pulvérisés par Aurélia Guillet et Jacques Nichet (avec Philippe Marioge pour la scénographie, Nihil Bordures pour la création musicale et sonore, Jean-Pascal Pracht pour les lumières, Mathilde Germi à la création vidéo) est dans cette capacité à rendre sensible une telle expérience, à faire entendre et résonner le texte d’Alexandra Badea dans ce qu’il a de plus fort en manifestant la densité humaine de ces paroles en cours de désingularisation. Elle met en œuvre — plastiquement, sonorement, vocalement, corporellement — une circulation sensible entre le processus de l’aliénation et ce qui peut, tant que bien que mal, survivre ou résister de l’humain, tout comme entre l’objectivité du récit de la déshumanisation et l’intériorité qu’engage son épreuve. Ni constat dénonciateur qui ne mange pas de pain ni anecdotisation lointaine, mais plongée au cœur même de ce qui se joue dans les êtres, l’investigation de la déshumanisation libérale contemporaine que montre la pièce d’Alexandra Badea marque alors durablement, ne peut pas nous glisser sur les plumes.

Photo : Franck Beloncle

Photo : Franck Beloncle

Pulvérisés

d’Alexandra Badea
mise en scène d’Aurélia Guillet et Jacques Nichet
avec Stéphane Facco et Agathe Molière
scénographie Philippe Marioge musique originale Nihil Bordures création vidéo Mathilde Germi création lumières Jean-Pascal Pracht costumes Elisabeth Kinderstuth assistante à la mise en scène Ariane Boumendil
Théâtre de la Commune CDN, Aubervilliers, du 19 mars au 5 avril
(mardi et jeudi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, samedi à 18h, dimanche à 16h)

Auguri : Roma (uno sguardo può…) [film]

Excellente nouvelle année

Auguri - cp ftme

(photogramme extrait de : )

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Roma (uno sguardo può…)

[v1 – trailer ; 7’33 ; HD] :

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sensunik cp ftme

Journal des visages flous (Arnaud Michniak)

( D’abord publié en bonus du post précédent [« On a raison de faire ce qu’on fait de penser ce qu’on pense d’être ce qu’on est de continuer dans le même sens« ], il a finalement semblé ce que Journal des visages flous d’Arnaud « je suis entré dans cette cage il y a 10 ou 15 ans et depuis je n’en suis pas sorti » Michniak valait quand même un post spécifique. )

Journal des visages flous :

A partir des trois « Poing perdu » de l’album éponyme (Poing perdu, Lithium, 2007), et filmé lors d’un concert de la tournée correspondante.

(NB : le collectif tient à préciser que le clown et la trapéziste du passage 1’40-2′ [« Dans mes rêves je suis enterré par n’importe qui, par la première personne qui me voit morte ; si je meurs dans un cirque je suis enterré par une trapéziste ou un clown… »] de la deuxième partie sont absolument indépendants de notre volonté.)

Bonus :

« A travers les gens comme au fond de moi » :

http://www.michniak.org

Théorie du drone (Fuck Buttons, Route du rock, 15/08/13)

L’autre grand moment, après Nick Cave, de la soirée du 15 août de cette édition 2013 de La Route du rock, fut le set de Fuck Buttons, clôturant la soirée (après la pause galette-saucisse permise par le sous-funk indigent et ennuyeux de !!!, puis les intéressants Electric Electric au son malheureusement bien trop fort pour la petite scène des remparts où ils jouaient) au cœur de la nuit, entre 2h40 et 3h40. Des saisissants martèlements d’ouverture de Brainfreezed au leitmotiv aigu pris sous une décharge sonore du final Flight of the Feathered Serpent et à son arrêt brutal faisant comprendre que l’heure impartie s’était écoulée sans que l’on s’en soit rendu compte, les deux bristoliens (Andrew Hung et Benjamin John Power), face à face de part et d’autre de leur table encombrée de machines, doublés sur écran de leurs ombres blanches, ont tenu et développé la tension sonore sans temps faible. Naviguant entre titres de leur tout récent troisième album Slow Focus (sorti en juillet chez ATP recordings) (Brainfreezed, Sentients, Red Wing) et classiques précédents (de Tarot sport surtout) (Surf Solar, Colours Move, Olympians, Flight of…), mêlant en un même geste tout au long des sinuosités du concert puissance du son et rythme & riffs dansants, la noirceur propre (ou plutôt : « sale ») à Slow Focus et l’efficacité (sophistiquée) de dansefloor qui est la leur, conférant à leur électro singulière une densité rock (qui rappelait curieusement, bien que différemment, les meilleurs moments de Death in Vegas — la « citation » rock en moins). Un son puissant et perçant, abrasif et dansant, répétitif et évolutif, profond et mouvant.

Ca tombe bien : Arte Liveweb a filmé le concert et le diffuse jusqu’à mi-septembre — il est accessible par le lien suivant :

http://liveweb.arte.tv/fr/video/Route_du_Rock_Fuck_Buttons/

(Mise à jour, octobre ’13 :

le concert de Saint-Malo n’étant plus disponible sur Arte liveweb, nous vous mettons en remplacement une captation du concert du 17 septembre ’13 à l’Electric Ballroom à Londres :


(Main set)
0:00 – Brainfreeze
9:40 – Surf Solar
18:25 – Colours Move
25:20 – Olympians
36:00 – Sentients
43:44 – The Red Wing
51:08 – Hidden XS

(Encore) 1:03:03 – Space Mountain  )

 

Et, session de rattrapage parisienne : Fuck Buttons sera en concert au Trabendo le 19 septembre.

http://fuckbuttons.com